Images de page
PDF
ePub

nouvelles depuis ce temps-là, et voilà comment je suis demeuré fils unique.

Si ce pauvre garçon fut élevé négligemment, il n'en fut pas ainsi de son frère; et les enfans des rois ne sauraient être soignés avec plus de zèle que je le fus durant mes premiers ans, idolâtré de tout ce qui m'environnait, et toujours, ce qui est bien plus rare, traité en enfant chéri, jamais en enfant gâté. Jamais une seule fois, jusqu'à ma sortie de la maison paternelle, on ne m'a laissé courir seul dans la rue avec les autres enfans; jamais on n'eut à réprimer en moi ni à satisfaire aucune de ces fantasques humeurs qu'on impute à la nature, et qui naissent toutes de la seule éducation. J'avais les défauts de mon age; j'était babillard, gourmand, quelquefois menteur. J'aurais volé des fruits, des bonbons, de la mangeaille; mais jamais je n'ai pris plaisir à faire du mal, du dégât, à charger les autres, à tourmenter de pauvres animaux. Je me souviens pourtant d'avoir une fois pissé dans la marmite d'une de nos voisines appelée madame Clo tandis qu'elle était au prêche. J'avoue même que ce souvenir me fait encore rire, parce que madame Clot, bonne femme au demeurant, était bien la vieille la plus grognon que je connus de ma vie. Voilà la courte et véridique histoire de tous mes méfaits enfantins.

Commeut scrais-je devenu méchant, quand je n'avais sous les yeux que des exemples de douceur, et autour de moi que les meilleures gens du monde?

[merged small][ocr errors]
[ocr errors]

-lles depuis ce temps-là, et voilà comment demeuré fils unique.

ce pauvre garçon fut élevé négligemment, fut pas ainsi de son frère; et les enfans des sauraient être soignés avec plus de zèlega is durant mes premiers ans, idolâtre de tent m'environnait, et toujours, ce qui est bien are, traité en enfant chéri, jamais en enfant Jamais une seule fois, jusqu'à ma sortie de on paternelle, on ne m'a laissé courir seal a ruc avec les autres enfans; jamais on n'eut mer en moi ni à satisfaire aucune de ces

Mon père, ma tante, ma mie, mes paren amis, nos voisins, tout ce qui m'environn mobéissait pas à la vérité, mais m'aimait; c de mème. Mes volontés étaient si peu exci peu contrariées, qu'il ne me venait pas l'esprit d'en avoir. Je puis jurer que jusqu asservissement sous un maître je n'ai pas su cétait qu'une fantaisie. Hors le temps que sais à lire ou écrire auprès de mon père, où ma mie me menait promener, j'étais to avec ma tante, à la voir broder, à l'er chanter, assis ou debout à côté d'elle; e content. Son enjouement, sa douceur, s agréable, m'ont laissé de si fortes impressi je vois encore son air, son regard, son a je me souviens de ces petits propos cares dirais comment elle était vêtue et coiffée, blier les deux crochets que ses cheveux saient sur ses tempes, selon la mode de cet Je suis persuadé que je lui dois le goû tot la passion pour la musique, qui ne developpé en moi que long-temps après vait une quantité prodigieuse d'airs et de qu'elle chantait avec un filet de voix f La sérénité d'âme de cette excellente fill d'elle et de tout ce qui l'environnait la la tristesse. L'attrait que son chant avai fut tel, que non-seulement plusieurs d sons me sont restées dans la mémoire m'en revient même, aujourd'hui que je

ques humeurs qu'on impute à la nature, et aissent toutes de la seule éducation. J'avais fauts de mon age; j'était babillard, gourmand, uefois menteur. J'aurais volé des fruits, des -ns, de la mangeaille; mais jamais je n'ai pris à faire du mal, du dégât, à charger les autres, menter de pauvres animaux. Je me souviens nt d'avoir une fois pissé dans la marmite de nos voisines appelée madame Cl qu'elle était au prêche. J'avoue même que venir me fait encore rire, parce que madame bonne femme au demeurant, était bien lle la plus grognon que je connus Dilà la courte et véridique histoire de tous éfaits enfantins.

de

meut serais-je devenu méchant, quand je sous les yeux que des exemples de douceur, ur de moi que les meilleures gens du monde?

qui, totalement oubliées depuis mon enfance, se retracent à mesure que je vieillis, avec un charme que je ne puis exprimer. Dirait-on que moi, vieux radoteur, rongé de soucis et de peines, je me surprends quelquefois à pleurer comme un enfant en marmotant ces petits airs d'une voix déjà cassée et tremblante? Il y en a un surtout qui m'est bien revenu tout entier quant à l'air, mais la seconde moitié des paroles s'est constamment refusée à tous mes efforts pour me la rappeler, quoiqu'il m'en revienne confusément les rimes. Voici le commencement, et ce que j'ai pu me rappeler du

reste:

Tircis, je n'ose

Écouter ton chalumeau

Sous l'ormeau;

Car on en cause
Déjà dans notre hameau.

: un berger
s'engager
sans danger;

Et toujours l'épine est sous la rose.

Je cherche où est le charme attendrissant que mon cœur trouve à cette chanson : c'est un caprice auquel je ne comprends rien; mais il m'est de toute impossibilité de la chanter jusqu'à la fin sans être arrêté par mes larmes. J'ai cent fois projeté d'écrire à Paris pour faire chercher le reste des paroles, si tant est que quelqu'un les connaisse encore. Mais je suis presque sûr que le plaisir que je prends à me

totalement oubliées depuis mon enfance.se cent à mesure que je vicillis, avec un charme e ne puis exprimer. Dirait-on que moi, vieur eur, rongé de soucis et de peines, je me surIs quelquefois à pleurer comme un enfant en motant ces petits airs d'une voix déjà cassée miblante? Il y en a un surtout qui m'est bien u tout entier quant à l'air, mais la seconde é des paroles s'est constamment refusée à mes efforts pour me la rappeler, quoiquil revienne confusément les rimes. Voici le encement, et ce que j'ai pu me rappeler du

Tircis, je n'ose
Écouter ton chalumeau

Sous l'ormeau;
Car on en cause

Déjà dans notre hameau.

..... un berger
s'engage?

sans danger;

Et toujours l'épine est sous la rose.

herche où est le charme attendrissant que eur trouve à cette chanson : c'est un caprice e ne comprends rien; mais il m'est de toute bilité de la chanter jusqu'à la fin sans être ur mes larmes. J'ai cent fois projeté d'écrire pour faire chercher le reste des paroles, si ue quelqu'un les connaisse encore. Mais je que sûr que le plaisir que je prends à me

rappeler cet air s'évanouirait en partie, s la preuve que d'autres que ma pauvre tant Tont chanté.

Telles furent les premières affections entrée à la vie : ainsi commençait à se for à se montrer en moi ce cœur à la fois si f tendre, ce caractère effeminé, mais pour domptable, qui flottant toujours entre la et le courage, entre la mollesse et la ve jusqu'au bout mis en contradiction av meme, et a fait que l'abstinence et la jou le plaisir et la sagesse, m'ont également

Ce train d'éducation fut interrompu p cident dont les suites ont influé sur le re vie. Mon père eut un démêlé avec un M. capitaine en France, et apparenté dans l Ce Gautier, homme insolent et lâche, nez, et, pour se venger, accusa mon pèr mis l'épée à la main dans la ville. Mon pè voulut envoyer en prison, s'obstinait que, selon la loi, l'accusateur y entrât que lui: n'ayant pu l'obtenir, il aima m de Genève et s'expatrier pour le reste que de céder sur un point où l'hon liberté lui paraissaient compromis. Je restai sous la tutèle de mon oncl alors employé aux fortifications de fille ainée était morte, mais il avait même âge que moi. Nous fumes mis Bossey en pension chez le ministre

[ocr errors]

I

Four y apprendre avec le latin tout le menu fatras dont on l'accompagne sous le nom d'éducation.

Deux ans passés au village adoucirent un peu mon âpreté romaine et me ramenèrent à l'état d'enfant. A Genève, où l'on ne m'imposait rien, j'aimais l'application, la lecture; c'était presque mon seul amusement: à Bossey, le travail me fit aimer les jeux qui lui servaient de relâche. La campagne était pour moi si nouvelle, que je ne pouvais me lasser d'en jouir. Je pris pour elle uu gout si vif, qu'il n'a jamais pu s'éteindre. Le sou venir des jours heureux que j'y ai passés m'a fait regretter son séjour et ses plaisirs dans tous les âges, jusqu'à celui qui m'y a ramené. M. Lambercier était un homme fort raisonnable, qui, sans négliger notre instruction, ne nous chargeait point de devoirs extrêmes. La preuve qu'il s'y prenait bien est que, malgré mon aversion pour la gêne, je ne me suis jamais rappelé avec dégoût mes heures d'étude, et que, si je n'appris pas de lui beaucoup de choses, ce que j'appris je l'appris sans peine et n'en ai rien oublié.

La simplicité de cette vie champêtre me fit un bien d'un prix inestimable en ouvrant mon cœur à l'amitié. Jusqu'alors je n'avais connu que des sentimens élevés, mais imaginaires. L'habitude de vivre ensemble dans un état paisible m'unit tendrement à mon cousin Bernard. En peu de temps j'eus pour lui des sentimens plus affectueux que ceux que j'avais eus pour mon frère, et qui

« PrécédentContinuer »