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et de saint Paul de notre compagnie, érigée en la ville de Mexique sous le titre des Douleurs de la sainte Vierge, et composée de la principale noblesse de cette grande Ville, ont fondé cette Mission, et marquent, dans toutes les occasions, une grande ardeur pour la prorogation de la Foi et pour la conversion de ces pauvres Infidèles.

Enfin, la Mission de saint Jean de Londo contient cinq ou six bourgades. Les principales sont : Teupnon ou saint Bruno, à trois lieues, du côté de l'Est; Anchu, à une égale distance, du côté du Nord. Tamouqui, qui est à quatre lieues, et Diutro à six, regardent l'Ouest. Le Père de Salvatierra, qui brûle d'un zèle ardent d'étendre le Royaume de Dieu, cultive ces deux dernières Missions avec des soins infatigables. J'ai laissé avec lui le Père Jean d'Ugarte, qui, après avoir rendu au Mexique des services essentiels à ces Missions, a voulu enfin s'y consacrer lui-même en personne depuis un an. Il a fait de grands progrès en peu de temps; car, outre qu'il prêche déjà parfaitement dans ces deux langues, dont j'ai parlé, il a découvert, du côté du Sud, deux bourgades Trippué et Loppu, où il a baptisé vingt-trois enfans, et s'applique sans relâche à l'instruction des autres et des adultes.

Après vous avoir rendu compte, Messeigneurs, de l'état de la Religion dans cette nouvelle Colonie, je vais répondre maintenant, autant que j'en suis capable, aux autres articles sur lesquels vous m'avez fait

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l'honneur de m'interroger. Je vous dirai d'abord ce que nous avons pu remarquer des mœurs et des inclinations de ces peuples, de la manière dont ils vivent, et ce qui croît en leur pays. La Californie se trouve assez bien placée dans nos cartes ordinaires. Pendant l'été les chaleurs y sont grandes le long des côtes, et il y pleut rarement: mais dans les terres l'air est plus tempéré, et le chaud n'y est jamais excessif. Il en est de même de l'hiver à proportion. Dans la saison des pluies, c'est un déluge d'eau; quand elle est passée, au lieu de pluies, la rosée se trouve si abondante tous les matins, qu'on croirait qu'il eût plu, ce qui rend la terre très-fertile. Dans les mois d'Avril, de Mai et de Juin il tombe avec la rosée une espèce de manne qui se congèle et qui s'endurcit sur les feuilles des roseaux, sur lesquelles on la ramasse. J'en ai goûté. Elle est un peu moins blanche que le sucre, mais elle en a toute la douceur.

Le climat doit être sain, si nous en jugeons par nous-mêmes et par ceux qui ont passé avec nous. Car, en cinq ans qu'il y a que nous sommes entrés dans ce Royaume, nous nous sommes tous bien portés, malgré les grandes fatigues que nous avons souffertes; et, parmi les autres Espagnols, il n'est mort que deux personnes, dont l'une s'était attirée son malheur. C'était une femme, qui eut l'imprudence de se baigner étant près d'accoucher.

Il y a dans la Californie, comme dans

les plus beaux pays du monde, de grandes plaines, d'agréables vallées, d'excellens påturages en tout temps pour le gros et le menu bétail, de belles sources d'eau vive, des ruisseaux et des rivières dont les bords sont couverts de saules, de roseaux et de vignes sauvages. Les rivières sont fort poissonneuses, et on y trouve sur-tout beaucoup d'écrevisses, qu'on transporte en des espèces de réservoirs, d'où on les tire au besoin. J'ai vu trois de ces réservoirs très-beaux et très-grands. Il y a aussi beaucoup de Xicames, qui sont de meilleur goût que celles que l'on mange dans tout le Mexique. Ainsi on peut dire que la Californie est un pays très-fertile. On trouve sur les montagnes des Mescales (1) pendant toute l'année et presque en toutes les saisons, de grosses pistaches de diverses espèces, et des figues de différentes couleurs. Les arbres y sont beaux, et entr'autres celui que les Chinos, qui sont les naturels du pays, appellent Palo santo. Il porte beaucoup de fruit, et l'on en tire d'excellent encens.

Si ce pays est abondant en fruits, il ne l'est pas moins en grains. Il y en a de quatorze sortes, dont ces peuples se nourrissent. Ils se servent aussi des racines des arbres et des plantes, et entr'autres de celle d'Yyuca, pour faire une espèce de pain. Il y vient des chervis excellens (2), une espèce de féve

(1) C'est un fruit propre de ce pays-là.

(2) Le chervis est une plante potagère; sa racine est

roles rouges, dont on mange beaucoup, et des citrouilles et des melons d'eau, d'une grosseur extraordinaire. Le pays est si bon qu'il n'est pas rare que beaucoup de plantes portent du fruit trois fois l'année. Ainsi, avec le travail qu'on apporterait à cultiver la terre, et un peu d'habileté à savoir ménager les eaux, on rendrait tout le pays extrêmement fertile, et il n'y a ni fruits ni grains qu'on n'y cueillît en très-grande abondance. Nous l'avons déjà éprouvé nous-mêmes; car, ayant apporté de la Nouvelle Espagne du froment, du blé de Turquie, des pois, des lentilles; nous les avons semés, et nous en avons fait une abondante récolte, quoique nous n'eussions point d'instrumens propres à bien remuer la terre, et que nous ne pussions nous servir que d'une vieille mule et d'une méchante charrue que nous ⚫ avions pour la labourer.

Outre plusieurs sortes d'animaux qui nous sont connus, qu'on trouve ici en quantité et qui sont bons à manger, comme des cerfs, des lièvres, des lapins et autres ; il Ꭹ a deux sortes de bêtes fauves que nous ne connaissions point. Nous les avons appelés des moutons, parce qu'elles ont quelque chose de la figure des nôtres. La première espèce est de la grandeur d'un veau d'un ou deux ans ; leur tête a beaucoup de rapport à celle d'un cerf, leurs cornes, qui sont extraordinaire

un composé de navets ridés, d'un goût très-doux, sucré, agréable, et bons à manger.

ment

ment grosses, à celles des beliers. Ils ont la queue et le poil, qui est marqueté, plus courts encore que les cerfs, mais la corne du pied est grande, ronde et fendue comme celle des boeufs. J'ai mangé de ces animaux; leur chair m'a paru fort bonne et fort délicate. L'autre espèce de moutons, dont les uns sont blancs et les autres noirs, diffèrent moins des nôtres. Ils sont plus grands et ils ont beaucoup plus de laine. Elle se file aisément et est propre à mettre en œuvre. Outre ces animaux, dont on peut se nourrir, il y a des lions, des chats sauvages, et plusieurs autres semblables à ceux qu'on trouve en la Nouvelle Espagne. Nous avions porté dans la Californie quelques vaches et quantité de menu bétail, comme des brebis et des chèvres, qui auraient beaucoup multiplié, si l'extrême nécessité où nous nous trouvâmes pendant un temps ne nous eût obligés d'en tuer plusieurs. Nous y avons porté des chevaux et de jeunes cavales pour en peupler le pays. On avait commencé à y élever des cochons; mais comme ces animaux font beaucoup de dégât dans les villages, et comme les femmes du pays en ont peur, on a résolu de les exterminer.

Pour les oiseaux, tous ceux du Mexique, et presque tous ceux d'Espagne, se trouvent dans la Californie; il y a des pigeons, des tourterelles, des alouettes, des perdrix d'un goût excellent et en grand nombre, des oies, des canards et de plusieurs autres sortes d'oiseaux de rivière et de mer.

La mer est fort poissonneuse, et le poisson Tome VIII.

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