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en est d'un bon goût. On y pêche des sardi→ nes des anchois et du thon qui se laisse, prendre à la main au bord de la mer. On y voit aussi assez souvent des baleines et de toutes sortes de tortues. Les rivages sont remplis de monceaux de coquillages, beaucoup plus gros que les nacres de perles. Ce n'est pas de la mer qu'on tire le sel, il y a des. salines dont le sel est blanc et luisant comme le cristal, mais en même-temps si dur qu'on est souvent obligé de le rompre à grands coups de marteau. Il serait d'un bon débit. dans la Nouvelle Espagne où le sel est rare.

Il y a près de deux siècles qu'on connaît la Californie; ses côtes sont fameuses par la pêche des perles; c'est ce qui l'a rendue l'objet des vœux les plus empressés des Européens qui ont souvent formé des entreprises pour s'y établir. Il est certain que si le Roi y fesait pêcher à ses frais, il en tirerait de grandes richesses. Je ne doute pas non plus qu'on ne trouvât des mines en plusieurs endroits, si l'on en cherchait, puisque ce pays est sous le même climat que les provinces de Cinaloa et de Sonora, où il y en a de fort riches.

Quoique le Ciel ait été si libéral à l'égard des Californiens, et que la terre produise d'elle-même ce qui ne vient ailleurs qu'avec beaucoup de peine et de travail, cependant ils ne font aucun cas de l'abondance ni des richesses de leur pays. Contens de trouver ce qui est nécessaire à la vie, ils se mettent peu en peine de tout le reste. Le pays est

fort peuplé dans les terres, et sur-tout dù côté du Nord; et quoiqu'il n'y ait guères de bourgades qui ne soient composées de vingt, trente, quarante et cinquante familles, ils n'ont point de maisons. L'ombre des arbres les défend des ardeurs du soleil pendant le jour, et ils se font des branches et des feuillages, une espèce de toît contre les mauvais temps de la nuit. L'hiver ils s'enferment dans des caves qu'ils creusent en terre, et y demeurent plusieurs ensemble, à-peu-près comme les bêtes. Les hommes sont tout nus, au moins ceux que nous avons vus. Ils se ceignent la tête d'une bande de toile trèsdéliée, ou d'une espèce de réseau; ils portent au cou et quelquefois aux mains, pour ornement, diverses figures de nacres de perles assez bien travaillées et entrelacées avec beaucoup de propreté, de petits fruits ronds à-peu-près comme nos grains de chapelet. Ils n'ont pour armes que l'arc, la flèche ou le javelot; mais ils les portent toujours à la main, soit pour chasser, soit pour se défendre de leurs ennemis; car les bourgades se font assez souvent la guerre les unes

autres.

aux

Les femmes sont vêtues un peu plus modestement, portant, depuis la ceinture jusqu'aux genoux, une manière de tablier tissu de roseaux, comme les nattes les plus fines ; elles se couvrent les épaules de peaux de bêtes, et portent à la tête. comme les hommes des réseaux fort déliés; ces réseaux sont si propres, que nos soldats s'en servent à atia

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cher leurs cheveux; elles ont, comme les hommes, des colliers de nacres mêlés de noyaux de fruits, et de coquillages qui leur pendent jusqu'à la ceinture, et des bracelets de même matière que les colliers.

L'occupation la plus ordinaire des hommes et des femmes, est de filer. Le fil se fait de longues herbes qui leur tiennent lieu de lin et de chanvre, ou bien de matières cotonneuses qui se trouvent dans l'écorce de certains fruits. Du fil le plus fin, on fait les divers ornemens dont nous venons de parler, et du plus grossier, des sacs pour différens usages, et des rets pour pêcher. Les hommes outre cela, avec diverses herbes dont les fibres sont extrêmement serrées et filamenteuses et qu'ils savent très-bien manier, s'emploient à faire une espèce de vaisselle et de batterie de cuisine assez nouvelle et de toute sorte de grandeurs. Les pièces les plus petites servent de tasses; les médiocres d'assiettes, de plats, et quelquefois de parasols dont les femmes se couvrent la tête; et les plus grandes de corbeilles à ramasser les fruits, et quelquefois de poëles et de bassins à les faire cuire ; mais il faut avoir la précaution de remuer sans cesse ces vaisseaux pendant qu'ils sont sur le feu, de peur que la flamme ne s'y attache, ce qui les brûlerait en très-peu de temps.

Les Californiens ont beaucoup de vivacité, et sont naturellement railleurs; ce que nous éprouvâmes en commençant à les instruire: car sitôt que nous fesions quelque faute dans

leur langue, ils se mettaient à plaisanter et à se moquer de nous. Depuis qu'ils ont eu plus de communication avec nous, ils se contentent de nous avertir honnêtement des fautes qui nous échappent; et, quant au fond de la doctrine, lorsqu'il arrive que nous leur expliquons quelque mystère, ou quelques points de morale peu conformes à leurs préjugés ou à leurs anciennes erreurs, ils attendent le Prédicateur après le Sermon et disputent contre lui avec force et avec esprit. Si on leur apporte de bonnes raisons, ils écoutent avec docilité, et si on les peut convaincre ils se rendent et font ce qu'on leur prescrit. Nous n'avons trouvé parmi eux aucune forme de gouvernement ni presque de Religion et de culte réglé. Ils adorent la lune ; ils se coupent les cheveux, je ne sais si c'est dans le décours, à l'honneur de leur divinité; ils les donnent à leurs Prêtres qui s'en servent à diverses sortes de superstitions. Chaque famille se fait des lois à son gré, et c'est apparemment ce qui les porte si souvent à en venir aux mains les uns contre les autres.

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Enfin pour satisfaire à la dernière question que vous m'avez encore fait l'honneur de me proposer, et qui me semble la plus importante de toutes, touchant la manière d'étendre et d'affermir de plus en plus dans la Californie la véritable Religion, et d'entretenir avec ces peuples un commerce durable et utile à la gloire et à l'avantage de la Nation, je prendrai la liberté de vous dire

les choses comme je les pense, et comme la connaissance que j'ai pu avoir du pays et du génie des peuples me les fait penser.

Premièrement il paraît absolument nécessaire de faire deux embarquemens chaque année. Le plus considérable pour la Nouvelle Espagne, avec qui on peut faire un commerce très-utile aux deux Nations; l'autre pour les provinces de Cinaloa et de Sonora, d'où l'on peut amener de nouveaux Missionnaires, et apporter ce qui est nécessaire chaque année à l'entretien de ceux qui sont déjà ici. Les vaisseaux qui auraient servi aux embarquemens, pourraient aisément, d'un voyage à l'autre, être envoyés à de nouvelles découvertes du côté du Nord; et la dépense n'irait pas loin si l'on voulait employer les mêmes Officiers et les mêmes matelots dont on s'est servi jusqu'ici, parce que vivant à la manière de ce pays, ils auraient des provisions presque pour rien, et connaissant les mers et les côtes de la Californie, ils navigueraient avec plus de vîtesse et plus de sûreté.

des

Un autre point essentiel, c'est de pourvoir à la subsistance et à la sûreté tant des Espagnols naturels qui y sont déjà, que Missionnaires qui y viendront avec nous et après nous. Pour les Missionnaires, depuis mon arrivée, j'ai appris, avec beaucoup de reconnaissance et de consolation, que notre Roi Philippe V, que Dieu veuille conserver bien des années, y a déjà pourvu de sa libéralité vraiment pieuse et royale, assignant par

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