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la peste; ce qui cause une grande mortalité dans tout le Pays.

Les ardeurs d'un climat brûlant, jointes à l'humidité presque continuelle de la terre, produisent une grande quantité de serpens, de vipères, de fourmis, de mosquites, de punaises volantes, et une infinité d'autres insectes, qui ne donnent pas un moment de repos. Cette même humidité rend le terroir si stérile, qu'il ne peut porter ni blé, ni vignes, ni aucun des arbres fruitiers qu'on cultive en Europe. C'est ce qui fait aussi que les bêtes à laine ne peuvent y subsister: il n'en est pas de même des taureaux et des vaches; on a éprouvé dans la suite des temps, lorsqu'on en a peuplé le Pays, qu'ils y vivaient, et qu'ils y multipliaient, comme dans le Pérou.

Les Moxes ne vivent guères que de la pêche et de quelques racines que le Pays produit en abondance. Il y a de certains temps où le froid est si âpre, qu'il fait mourir une partie du poisson dans les rivières : les bords en sont quelquefois tout infectés. C'est alors que les Indiens courent avec précipitation sur le rivage pour en faire leur provision; et quelque chose qu'on leur dise pour les détourner de manger ces poissons à demi pourris, ils répondent froidement que le feu raccommodera tout.

Ils sont pourtant obligés de se retirer sur les montagnes une bonne partie de l'année, et d'y vivre de la chasse. On trouve sur ces montagnes une infinité d'ours, de léopards,

de tigres, de chèvres, de porcs sauvages, et quantité d'autres animaux tout-à-fait inconnus en Europe. On y voit aussi différentes espèces de singes. La chair de cet animal, quand elle est boucannée, est pour les Indiens un mets délicieux.

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Ce qu'ils racontent d'un animal, appelé ocorome, est assez singulier. Il est de la grandeur d'un gros chien; son poil est roux son museau pointu, ses dents fort affilées. S'il trouve un Indien désarmé, il l'attaque et le jette par terre, sans pourtant lui faire de mal, pourvu que l'Indien ait la précau

tion de contrefaire le mort. Alors l'ocorome remue l'Indien, tâte avec soin toutes les parties de son corps, et se persuadant qu'il est mort effectivement, comme il le paraît, il le couvre de paille et de feuillages, et s'enfonce dans le bois le plus épais de la montagne. L'Indien échappé de ce danger, se relève aussitôt, et grimpe sur quelque arbre, d'où il voit revenir peu après l'ocorome accompagné d'un tigre qu'il semble avoir invité au partage de sa proie; mais ne la trouvant plus, il pousse d'affreux hurlemens en regardant son camarade comme s'il voulait lui témoigner la douleur qu'il a de l'avoir trompé.

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Il n'y a parmi les Moxes ni lois, ni gouvernement, ni police; on n'y voit personne qui commande ni qui obéisse; s'il survient quelque différend parmi eux, chaque particulier se fait justice par ses mains. Comme la stérilité du Pays les oblige à se disperser

dans diverses contrées, afin d'y trouver de quoi subsister, leur conversion devient parlà très-difficile, et c'est un des plus grands obstacles que les Missionnaires aient à surmonter. Ils bâtissent des cabanes fort basses dans les lieux qu'ils ont choisis pour leur retraite, et chaque cabane est habitée par ceux de la même famille. Ils se couchent à terre sur des nattes, ou bien sur un hamac qu'ils attachent à des pieux, ou qu'ils suspendent entre deux arbres, et là ils dorment exposés aux injures de l'air, aux insultes des bêtes, et aux morsures des mosquites. Néanmoins ils ont coutume de parer à ces inconvéniens en allumant du feu autour de leur hamac la flamme les échauffe, la fumée éloigne les mosquites, et la lumière écarte au loin les bêtes féroces; mais leur sommeil est bien troublé par le soin qu'ils doivent avoir de rallumer le feu quand il vient à s'éteindre.

Ils n'ont point de temps réglé pour leurs repas toute heure leur est bonne dès qu'ils trouvent de quoi manger. Comme leurs alimens sont grossiers et insipides, il est rare qu'ils y excèdent, mais ils savent bien se dédommager dans leur boisson. Ils ont trouvé le secret de faire une liqueur trèsforte avec quelques racines pourries qu'ils font infuser dans de l'eau. Cette liqueur les enivre en peu de temps, et les porte aux derniers excès de fureur. Ils en usent principalement dans les Fêtes qu'ils célèbrent en l'honneur de leurs Dieux. Au bruit de certains instrumens dont le son est fort désa

gréable, ils se rassemblent sous des espèces de berceaux qu'ils forment de branches d'arbres entrelacées les unes dans les autres; et là ils dansent tout le jour en désordre, et boivent à longs traits la liqueur enivrante dont je viens de parler. La fin de ces sortes de Fêtes est presque toujours tragique : elles ne se terminent guères que par la mort de plusieurs de ces insensés, et par d'autres actions indignes de l'homme raisonnable.

Quoiqu'ils soient sujets à des infirmités presque continuelles, ils n'y apportent toutefois aucun remède. Ils ignorent même la vertu de certaines herbes médicinales, que le seul instinct apprend aux bêtes, pour la conservation de leur espèce. Ce qu'il y a de plus déplorable, c'est qu'ils sont fort habiles dans la connaissance des herbes venimeuses, dont ils se servent à toute occasion, pour tirer vengeance de leurs ennemis. Ils sont dans l'usage d'empoisonner leurs flèches lorsqu'ils font la guerre, et ce poison est si subtil, que les moindres blessures deviennent mortelles.

L'unique soulagement qu'ils se procurent dans leurs maladies, consiste à appeler certains Enchanteurs, qu'ils s'imaginent avoir reçu un pouvoir particulier de les guérir; ces charlatans vont trouver les malades, récitent sur eux quelque prière superstitieuse, leur promettent de jeûner pour leur guérison, et de prendre un certain nombre de fois par jour du tabac en fumée; ou bien, ce qui est une insigne faveur, ils sucent la partie affectée; après quoi ils se retirent, à condi

tion toutefois qu'on leur payera libéralement ces sortes de services.

Ce n'est pas que le pays manque de remèdes propres à guérir tous leurs maux; il y en a abondamment et de très-efficaces. Les Missionnaires qui se sont appliqués à connaître les simples qui y croissent, ont composé, de l'écorce de certains arbres et de quelques autres herbes, un antidote admirable contre la morsure des serpens. On trouve presque à chaque pas, sur les montagnes, de l'ébène et du gayac; on y trouve aussi la canelle sauvage, et une autre écorce d'un nom inconnu, qui est très-salutaire à l'estomac, et qui appaise sur-le-champ toutes sortes de douleurs.

Il y croît encore plusieurs autres arbres, qui distillent des gommes et des aromates propres à résoudre les humeurs, à échauffer, et à ramollir; sans parler de plusieurs simples connus en Europe, et dont ces peuples ne font nul cas, tels que sont le fameux arbre de quinquina, et une écorce appelée cascarille, qui a la vertu de guérir toutes sortes de fièvres. Les Moxes ont chez eux toute cette botanique sans en faire aucun usage.

Rien ne me fait mieux voir leur stupidité, que les ridicules ornemens dont ils croient se parer, et qui ne servent qu'à les rendre beaucoup plus difformes qu'ils ne le sont naturellement. Les uns se noircissent une partie du visage, et se barbouillent l'autre d'une couleur qui tire sur le rouge. D'autres se percent les lèvres et les narines

et y

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