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attachent diverses babioles qui font un spectacle risible. On en voit quelques-uns qui se contentent d'appliquer sur leur poitrine une plaque de métal. On en voit d'autres qui se ceignent de plusieurs fils remplis de grains de verre, mêlés avec les dents et des morceaux de cuirs des animaux qu'ils ont tués à la chasse. Il y en a même qui attachent autour d'eux les dents des hommes qu'ils ont égorgés; et plus ils portent de ces marques de leur cruauté, plus ils se rendent respectables à leurs compatriotes. Les moins difformes sont ceux qui se couvrent la tête, les bras et les genoux de diverses plumes d'oiseaux, qu'ils arrangent avec un certain ordre qui a son agrément.

L'unique occupation des Moxes est d'aller à la chasse et à la pêche, ou d'ajuster leur arc et leurs flèches; celle des femmes, est de préparer la liqueur que boivent leurs maris, et de prendre soin des enfans. Ils ont la, coutume barbare d'enterrer les petits enfans, quand la mère vient à mourir ; et s'il arrive qu'elle enfante deux jumeaux, elle enterre l'un d'eux, alléguant pour raison que deux enfans ne peuvent pas se bien nourrir à-la-fois.

Toutes ces diverses Nations sont presque toujours en guerre les unes contre les autres; leur manière de combattre est toute tumultuaire; ils n'ont point de Chef, et ne gardent nulle discipline; du reste, une heure ou deux de combat finit toute la campagne; on reconnaît les vaincus à la fuite; ils font

esclaves ceux qu'ils prennent dans le combat, et ils les vendent pour peu de chose aux Peuples avec qui ils sont en commerce.

Les enterremens des Moxes se font presque sans aucune cérémonie. Les parens du défunt creusent une fosse; ils accompagnent ensuite le corps en silence, ou en poussant des sanglots. Quand il est mis en terre, ils partagent entr'eux sa dépouille, qui consiste toujours en des choses de nulle valeur; et dès-lors, ils perdent pour jamais la mémoire du défunt.

Ils n'apportent pas plus de cérémonie à leurs mariages. Tout consiste dans le consentement mutuel des parens de ceux qui s'épousent, et dans quelques présens que fait le mari au père, ou au plus proche parent de celle qu'il veut épouser. On ne compte pour rien le consentement de ceux qui contractent; et c'est une autre coutume établie. parmi eux, que le mari suit sa femme partout où elle veut habiter.

Quoiqu'ils admettent la polygamie, il est rare qu'ils aient plus d'une femme, leur indigence ne leur permettant pas d'en entretenir plusieurs ; cependant ils regardent l'incontinence de leurs femmes comme un crime énorme; et si quelqu'une s'écarte à cet égard de son devoir, elle passe dans leur esprit pour une infame et une prostituée; souvent même il lui en coûte la vie.

Tous ces Peuples vivent dans une ignorance profonde du vrai Dieu. Il y en a parmi eux qui adorent le soleil, la lune, et les

étoiles; d'autres adorent les fleuves; quelques-uns un prétendu tigre invisible: quelques autres portent toujours sur eux grand nombre de petites idoles d'une figure ridicule. Mais ils n'ont aucun dogme qui soit l'objet de leur créance; ils vivent sans espérance d'aucun bien futur, et s'ils font quelque acte de Religion, ce n'est nullement par un motif d'amour; la crainte seule en est le principe. Ils s'imaginent qu'il y a dans chaque chose un esprit qui s'irrite quelquefois contr'eux, et qui leur envoie les maux dont ils sont affligés; c'est pour cela que leur soin principal est d'appaiser ou de ne pas offenser cette vertu secrète, à laquelle, disent - ils, il est impossible de résister. Du reste, ils ne font paraître au dehors aucun culte extérieur et solennel; et parmi tant de Nations diverses, on n'en a pu découvrir qu'une ou deux qui usassent d'une espèce de sacrifice.

On trouve pourtant parmi les Moxes, deux sortes de Ministres pour traiter les. choses de la Religion. Il y en a qui sont de vrais Enchanteurs, dont l'unique fonction est de rendre la santé aux malades. D'autres sont comme les Prêtres destinés à appaiser les Dieux. Les premiers ne sont élevés à ce rang d'honneur, qu'après un jeûne rigoureux d'un an, pendant lequel ils s'absticnnent de viande et de poisson. Il faut, outre cela, qu'ils aient été blessés par un tigre, et qu'ils se soient échappés de ses griffes; c'est alors qu'on les révère comme des hommes

d'une vertu rare, parce qu'on juge de là qu'ils ont été respectés et favorisés du tigre invisible, qui les a protégés contre les efforts du tigre visible, avec lequel ils ont combattu.

Quand ils ont exercé long-temps cette fonction, on les fait monter au suprême sacerdoce. Mais, pour s'en rendre dignes, il faut encore qu'ils jeûnent une année entière avec la même rigueur, et que leur abstinence se produise au - dehors par un visage have et exténué; alors on presse certaines herbes fort piquantes, pour en tirer le suc qu'on leur répand dans les yeux, ce qui leur fait souffrir des douleurs très-aiguës; et c'est ainsi qu'on leur imprime le caractère du sacerdoce. Ils prétendent que, par ce moyen, leur vue s'éclaircit ; ce qui fait qu'ils donnent à ces Prêtres le nom de Tiharaugui, qui signifie en leur langue, celui qui a les yeux clairs.

A certains temps de l'année, et sur-tout vers la nouvelle lune, ces Ministres de Satan rassemblent les Peuples sur quelque colline un peu éloignée de la Bourgade. Dès le point du jour, tout le Peuple marche vers cet endroit en silence; mais, quand il est arrivé au terme il rompt tout-à-coup ce silence par des cris affreux. C'est, disent-ils, afin d'attendrir le cœur de leurs Divinités. Toute la journée se passe dans le jeûne, et dans ces cris confus; et ce n'est qu'à l'entrée de la nuit qu'ils les finissent par les cérémonies suivantes.

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Leurs Prêtres commencent par se couper les cheveux (ce qui est parmi ces Peuples le signe d'une grande alégresse) et par se couvrir le corps de différentes plumes jaunes et rouges. Ils font apporter ensuite de grands vases, où l'on verse la liqueur enivrante qui a été préparée pour la solennité; ils la reçoivent comme des prémices offertes à leurs Dieux, et, après en avoir bu sans mesure, ils l'abandonnent à tout le Peuple, qui, à leur exemple, en boit aussi avec excès. Toute la nuit est employée à boire et à danser : un d'eux entonne la chanson, et tous, formant un grand cercle, se mettent à traîner les pieds en cadence, et à pencher nonchalamment la tête de côté et d'autre, avec des mouvemens de corps indécens; car c'est en quoi consiste toute leur danse. On est censé plus dévot et plus religieux à proportion qu'on fait plus de ces folies et de ces extravagances. Enfin, ces sortes de réjouissances finissent d'ordinaire, comme je l'ai déjà dit, par des blessures ou par la mort de plusieurs d'entr'eux.

Ils ont quelque connaissance de l'immortalité de nos ames: mais cette lumière est si fort obscurcie par les épaisses ténèbres dans lesquelles ils vivent, qu'ils ne soupçonnent pas même qu'il y ait des châtimens à craindre, ou des récompenses à espérer dans l'autre vie. Aussi ne se mettent-ils guère en peine de ce qui doit leur arriver après leur

mort.

Toutes ces Nations sont distinguées les

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