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unes des autres par les diverses langues qu'elles parlent: on en compte jusqu'à trenteneuf différentes, qui n'ont pas le moindre rapport entr'elles. Il est à présumer qu'une si grande variété de langage est l'ouvrage du démon, qui a voulu mettre cet obstacle à la promulgation de l'Evangile, et rendre par ce moyen la conversion de ces Peuples plus difficile.

C'était en vue de les conquérir au Royaume de Jésus-Christ, que les premiers Missionnaires Jésuites établirent une Eglise à Sainte-Croix de la Sierra, afin qu'étant à la porte de ces terres infidèles, ils pussent mettre à profit la première occasion qui s'offrirait d'y entrer. Leur attention et leurs efforts furent inutiles pendant près de cent ans cette gloire était réservée au Père Cyprien Baraze, et voici comment la chose arriva :

Le Frère del Castillo, qui demeurait à Sainte-Croix de la Sierra, s'étant joint à quelques Espagnols qui commerçaient avec les Indiens, avança assez avant dans les terres. Sa douceur et ses manières prévenantes gagnèrent les principaux de la Nation qui lui promirent de le recevoir chez eux. Transporté de joie, il partit aussitôt pour Lima, afin d'y faire connaître l'espérance qu'il y avait de gagner ces barbares à JésusChrist.

Il y avait long-temps que le Père Baraze pressait ses Supérieurs de le destiner aux Missions les plus pénibles. Ses desirs s'en

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flammèrent encore, quand il apprit la mort glorieuse des Pères Nicolas Mascardi, et Jacques-Louis de Sanvitores, qui, après s'être consumés de travaux l'un dans le Chili, et l'autre dans les îles Marianes avaient eu tous deux le bonheur de sceller de leur sang les vérités de la Foi qu'ils avaient prêchées à un grand nombre d'infidèles. Le Père Baraze renouvela donc ses instances, et la nouvelle Mission des Moxes lui échut en partage.

Ce fervent Missionnaire se mit aussitôt en chemin pour Sainte-Croix de la Sierra avec le Frère del Castillo: à peine y furent-ils arrivés, qu'ils s'embarquèrent sur la rivière de Guapay, dans un petit canot fabriqué par les Gentils du pays, qui leur servirent de guides. Ce ne fut qu'après douze jours d'une navigation très-rude, et pendant laquelle ils furent plusieurs fois en danger de périr, qu'ils abordèrent au pays des Moxes. La douceur et la modestie de l'homme Apostolique, et quelques petits présens qu'il fit aux Indiens, d'hameçons, d'aiguilles, de grains de verre et d'autres choses de cette nature, les accoutumèrent peu-à-peu à sa présence.

Pendant les quatre premières années qu'il demeura au milieu de cette Nation, il eut beaucoup à souffrir, soit de l'intempérie de l'air qu'il respirait sous un nouveau climat, ou des inondations fréquentes, accompagnées de pluies presque continuelles et de froids piquans, soit de la difficulté qu'il

eut à apprendre la langue; car, outre qu'il n'avait ni maître ni interprète, il avait affaire à des peuples si grossiers qu'ils ne pouvaient même lui nommer ce qu'il s'efforçait de leur faire entendre par signe; soit enfin de l'éloignement des peuplades qu'il lui fallait parcourir à pied, tantôt dans des pays marécageux et inondés, tantôt dans des terres brûlantes; toujours en danger d'être sacrifié à la fureur des barbares, qui le recevaient l'arc et les flèches en main, et qui n'étaient retenus que par cet air de douceur qui éclatait sur son visage; tout cela joint à une fièvre quarte qui le tourmenta toujours depuis son entrée dans le pays, avait tellement ruiné ses forces, qu'il n'avait plus d'espérance de les recouvrer que par le changement d'air. C'est ce qui lui fit prendre la résolution de retourner à Sainte-Croix de la Sierra, où, en effet, il ne fut pas longtemps sans rétablir tout-à-fait sa santé.

Eloigné de corps de ses chers' Indiens, il les avait sans cesse présens à l'esprit : il pensait continuellement aux moyens de les civiliser; car il fallait en faire des hommes avant que d'en faire des Chrétiens; c'est dans cette vue que, dès les premiers jours de sa convalescence, il se fit apporter des outils de Tisserand, et apprit à faire de la toile, afin de l'enseigner ensuite à quelques Indiens, et de les faire travailler à des vêtemens de coton pour couvrir ceux qui recevaient le Baptême; car ces infidèles ont coutume d'aller presque nus.

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Le repos qu'il goûta à Sainte-Croix de la Sierra, ne fut pas de longue durée. Le Gouverneur de la Ville s'étant persuadé que le temps était venu d'entreprendre la conversion des Chiriguanes, engagea les Supérieurs à y envoyer le Père Cyprien. Ces Indiens vivent épars çà et là dans le pays, et se partagent en diverses petites peuplades comme les Moxes: leurs coutumes sont aussi les mêmes, à la réserve qu'on trouve parmi eux quelque forme de Gouvernement: ce qui fesait juger au Missionnaire qu'étant plus policés que les Moxes, ils seraient aussi plus traitables. Cette espérance lui adoucit les dégoûts qu'il eut à vaincre dans l'étude de leur langue: en peu de mois il en sut assez pour se faire entendre, et pour commencer ses instructions; mais la manière indigne dont ils recurent les paroles de salut qu'il leur annonçait le forcèrent d'abandon ner une Nation si corrompue. Il obtint de ses Supérieurs la permission qu'il leur demanda de retourner chez les Moxes, qui, en comparaison des Chiriguanes, lui paraissaient bien moins éloignés du Royaume de Dieu.

En effet, il les trouva plus dociles qu'auparavant, et peu-à-peu et peu-à-peu il gagna entièrement leur confiance. Revenus de leurs préjugés ils connurent enfin l'excès d'aveuglement dans lequel ils avaient vécu. Ils s'assemblerent au nombre de six cens, pour vivre sous la conduite du Missionnaire, qui eut la consolation, après huit ans et six mois de traTome VIII. D

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vaux, de voir une Chrétienté fervente formée par ses soins. Comme il leur conféra le Baptême le jour qu'on célèbre la Fête de l'Annonciation de la sainte Vierge, cette circonstance lui fit naître la pensée de mettre sa nouvelle Mission sous la protection de la Mère de Dieu, et on l'a appelée depuis ce temps-là la Mission de Notre-Dame de Lorette.

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Le Père Cyprien employa cinq ans à cultiver et à augmenter cette Chrétienté naissante elle était déjà composée de plus de deux mille Néophytes lorsqu'il lui arriva un nouveau secours de Missionnaires. Ce surcroft d'ouvriers Evangéliques vint à propos pour aider le saint homme à exécuter le dessein qu'il avait formé de porter la lumière de l'Evangile dans toute l'étendue de ces terres idolâtres. Il leur abandonna aussitôt le soin de son Eglise pour aller à la découverte d'autres Nations auxquelles il pût annoncer Jésus-Christ. Il fixa d'abord sa demeure dans une contrée assez éloignée, dont les habitans ne sont guère capables de sentimens d'humanité et de Religion. Ils sont répandus dans toute l'étendue du pays, et divisés en une infinité de cabanes fort éloignées les unes des autres. Le peu de rapport qu'ont ensemble ces familles ainsi dispersées, a produit entr'elles une haine implacable; ce qui était un obstacle presque invincible à leur réunion.

La charité ingénieuse du Père Cyprien lui fit surmonter toutes ces difficultés. S'étant logé chez un de ces Indiens, de là il par

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