Images de page
PDF
ePub

PRÉFACE

Encore un livre sur la relativité ! mais celui-ci était nécessaire et je voudrais qu'il fût accueilli par le public avec tout le succès qu'il mérite.

M. André Metz s'est proposé de combattre les idées fausses qui, à propos de la théorie d'Einstein, ont été depuis deux ans répandues à profusion dans nombre d'ouvrages. Lorsque, il y a quelques mois, M. Metz m'a fait part de son intention, je l'ai vivement encouragé à poursuivre une œuvre aussi salutaire. Je n'ai pas à le regretter aujourd'hui car l'auteur, qui a acquis une connaissance très complète des conceptions nouvelles, a écrit un excellent opuscule dans un style clair, précis, persuasif; il ne craint pas, quand la discussion l'y invite, d'être ironique et même mordant.

M. Metz n'est guère bienveillant à l'égard des contradicteurs d'Einstein; ce n'est certes pas moi qui l'en blâmerai. Les personnes qui se sont élevées contre les conceptions nouvelles sont celles qui ne les ont pas comprises, celles qui ont cru qu'il s'agissait d'une fiction imaginée et développée par de purs mathématiciens et n'ont pas vu que la théorie d'Einstein est, au contraire, une théorie essentiellement physique, imposée par tout l'ensemble de nos connaissances; ce sont aussi les

personnes coupables de graves erreurs de raisonnement; fait étrange, parmi ces dernières il en est qui sont pourtant très familiarisées avec les mathématiques.

Je sais bien qu'il est pénible de se débarrasser d'un certain bagage d'idées préconçues ; qu'il est difficile de s'assimiler des conceptions qui, a priori, choquent les habitudes ancestrales. Je sais, par expérience personnelle, quel effort nécessite la compréhension de la nouvelle théorie, et j'avoue qu'il m'a fallu deux années pour la connaître et pouvoir l'introduire dans mon enseignement ; aussi, pendant le temps qu'a duré cette période d'incertitude, où mes idées étaient profondément troublées, ai-je opposé un refus systématique à toutes les demandes qui m'étaient faites d'un ouvrage ou même d'un simple article sur ces questions.

Il m'est donc permis d'exprimer le regret que certains auteurs n'aient pas eu la même prudence. Qu'un physicien ou un mécanicien déclare être trop imprégné des idées anciennes pour pouvoir adapter son esprit aux conceptions einsteiniennes, je le féliciterai de sa franchise! mais ce que je trouve impardonnable, c'est de ne pas s'apercevoir qu'on ne comprend pas. Je dis cela pour des savants qui n'ont pas craint de contredire, parfois avec véhémence, MM. Einstein, Minkowski, Langevin, Weyl, Eddington; je m'adresse aussi à quelques auteurs qui ont écrit hâtivement des ouvrages où les idées relativistes sont déformées ; à ceux enfin qui, après des remarques prouvant à

quel point les questions dont ils voudraient parler leur sont étrangères, ont, avec une audace qui frise l'inconscience, proposé de substituer leurs idées personnelles à celles des fondateurs de la théorie. De tels errements demandent une sanction.

Je vois bien que certaines personnes vont me traiter d'« apôtre » de la « religion » nouvelle. Quelle exagération ! N'en déplaise à M. Bouasse, les relativistes ne demandent pas qu'on « adore » ; ils ne demandent pas qu'on accepte les idées d'Einstein comme articles de foi. Ils veulent seulement qu'on examine sans parti pris et sans idées a priori l'ensemble des faits les mieux établis, et qu'on cherche quelles sont les notions d'espace et de temps compatibles avec l'expérience. Tout esprit impartial sera forcé de reconnaître que la théorie nouvelle est seule en accord avec les faits actuellement connus.

M. Metz commence par donner un exposé d'ensemble de la théorie, sans faire usage de formules mathématiques. De ce fait, cet exposé est nécessairement très restreint, mais il a l'avantage d'être mis à la portée du public, et il est suffisant pour faire comprendre les grands traits de la nouvelle théorie à toute personne qui possède les notions les plus élémentaires de géométrie.

Jusqu'à ces dernières années, toutes les sciences ont admis deux notions a priori, en accord appa

rent avec les faits anciennement connus, mais basées au fond sur une croyance naturelle des hommes.

La première notion est celle d'un « espace absolu » dans lequel se meuvent les corps, univers infini où l'on peut imaginer les figures dont les propriétés sont régies par les lois de la vieille géométrie d'Euclide. Cette géométrie euclidienne suppose essentiellement un espace homogène (possédant les mêmes propriétés en tous ses points) et isotrope (ayant les mêmes propriétés dans toutes les directions autour d'un point); cet espace reste inaltéré par le voisinage de corps matériels; ses propriétés sont indépendantes de la distribution de la matière; elles sont immuables.

A cette conception vient s'ajouter la croyance à un « temps absolu» unique et universel, indépendant lui aussi de la matière existante, dominant et régissant le cours des événements qui se déroulent dans l'espace. On était persuadé que la simultanéité de deux événements se produisant en des lieux différenta avait une signification absolue; on s'imaginait que la durée écoulée entre deux événements déterminés était la même pour tous les observateurs, quelles que fussent les positions de ceux-ci et leurs états de mouvement dans l'espace.

Basée sur ces notions qui n'ont cependant rien d'expérimental, car elles sont essentiellement liées à la fiction du solide indéformable (qui permettrait de transmettre instantanément un signal), la mécanique classique était considérée comme une

« PrécédentContinuer »