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livre sur la question (1). Il vaudrait donc mieux ne pas se servir de cette réciprocité pour l'établissement des formules, quitte à démontrer ensuite, une fois la formule établie, que la réciprocité résulte des équations dans le cas d'un mouvement constamment rectiligne et uniforme, et dans ce cas-là seulement.

:

Ce n'est pas qu'il soit impossible de répondre aux objections précédentes de grands savants y ont déjà répondu. Mais on peut couper court à toute objection par la démonstration que je propose ci-après : dans cette démonstration en, effet, les équations de Lorentz, avec l'interprétation einsteinienne du temps et de l'espace, résultent, comme des inductions nécessaires, de faits expérimentaux rationnellement interprétés.

Pour éviter toute confusion, dans ce qui va suivre j'appellerai (avec Minkowski et Einstein) temps propre d'une horloge, le temps tel qu'il est mesuré par cette horloge: je suppose que cette horloge est bien réglée, c'est-à-dire qu'elle donne pour des phénomènes analogues (répétés dans des conditions semblables de température, de pression, etc...) des durées égales; les phénomènes en question pourraient donc aussi servir d'horloges on peut ainsi imaginer des horloges basées sur la durée des vibratiors lumineuses d'une «raie » déterminée » d'un certain métal; ou des horloges basées sur les combustions successives de grains de phosphore tous semblables. Il y a aussi les horloges formées par les pulsations du cœur de l'observateur et les rythmes de toutes ses fonctions

(1) Voir p. 65 la critique du livre de M. Bergson Durée et Simultanéité ».

vitales ; celles-ci sont moins précises parce que sujettes à des variations en fonction de causes complexes, mais nous pourrions compenser ces variations si nous connaissions toutes les lois des phénomènes physiologiques.

Toutes ces horloges, supposées immobiles les unes par rapport aux autres et infiniment voisines, peuvent être étalonnées ensemble une première fois ; cette opération faite elles doivent toujours rester d'accord: le principe de raison suffisante nous indique, en effet, qu'un phénomène qu'on recommence dans les mêmes conditions (c'est-à-dire, comme on dit scientifiquement, << toutes choses égales d'ailleurs ») doit avoir la même durée.

Si un savant est enfermé dans son laboratoire, toutes ses horloges doivent donc être d'accord entre elles elles marquent le temps propre du laboratoire ; si maintenant ce laboratoire est enfermé dans un wagon et lancé à très grande vitesse, les horloges doivent encore rester d'accord entre elles (1): si elles donnent pour durée d'un phénomène 1 seconde lorsque le laboratoire est immobile par rapport à la terre, et si on répète un phénomène analogue dans les mêmes. conditions de température, pression, etc... dans le laboratoire une fois emporté sur le train, elles donneront toutes encore une seconde ; c'est ainsi que l'on

(1) C'est là un principe qui a été jusqu'ici, admis implicitement par tout le monde. Il découle (si l'on veut partir de là) du principe de relativité ; mais celui-ci est beaucoup plus général, puisqu'il dit : « Il est impossible de distinguer, par des mesures physiques quelconques, l'état de repos (par rapport à un système de Galilée) de l'état de mouvement (rectiligne et uniforme) ».

définit le temps propre du wagon» (1). Mais nous ne savons nullement, a priori, quels rapports le «< temps propre du wagon » peut avoir avec le temps propre d'un laboratoire qui serait resté fixe par rapport à la

terre.

J'appelle, de la même façon, dimensions propres d'un corps solide les longueurs trouvées par l'observateur, fixe par rapport à ce corps solide, lorsqu'il applique des étalons (régles, compas d'épaisseur etc...) le long du corps considéré. Si un expérimentateur a trouvé ainsi certains nombres dans un laboratoire au repos sur la terre, et qu'on l'enferme ultérieurement (lui et son laboratoire) dans un wagon lancé à une très grande vitesse, en appliquant les mêmes régles (je suppose qu'on les a emportées) le long du même corps solide (dans des conditions analogues de température, pression etc...), il doit trouver les mêmes nombres que précédemment ; mais nous ne savons pas, a priori, quelles sont les relations entre ces longueurs, mesurées dans le wagon, et d'autres mesures que des observateurs terrestres pourraient faire, sur ces objets, par d'autres méthodes.

J'insiste sur ces définitions pour éviter la confusion faite encore par M. Bergson (op. cit.) qui se figure que les équations de Lorentz contiennent des temps et des dimensions attribuées, par une sorte de perspective, par les observateurs de la terre, aux

(1) 11 y a donc là une convention définissant la seconde de temps propre du wagon par rapport à la seconde « terrestre : cette convention est la seule logique. puisque toutes les horloges sont d'accord pour indiquer ce temps propre ».

phénomènes et aux corps solides entraînés avec le wagon. Ce n'est pas du tout de cela qu'il s'agit : c'est en partant des temps et dimensions réellement mesurés qu'on arrive aux équations de Lorentz.

La démonstration qui suit se base uniquement sur le fait de l'isotropie de la propagation de la lumière et des ondes électromagnétiques, fait expérimental solidement établi par l'ensemble des bases expérimentales de la théorie de l'électromagnétisme (et popularisé par l'expérience de Michelson).

Il est à remarquer que ce fait de l'isotropie de la propagation de la lumière dans n'importe quel système de référence de Galilée (1), peut être admis avant l'adoption d'un critérium précis relativement à la simultanéité de deux événements distincts dans l'espace il suffit d'admette qu'il existe, relativement à l'observateur qui fait la mesure et conformément à l'idée naturelle qu'il en a, des évènements simultanés » en n'importe quel point de l'espace, donc aussi des << temps », donc des « vitesses»: on trouve alors que tout un ensemble de phénomènes (les bases expérimentales de la théorie de Maxwell) ne peut s'interpréter rationnellement qu'en adınettant l'isotropie de la propagation des ondes électromagnétiques (et lumineuses). L'expérience de Michelson conduit au même résultat, mais d'une façon moins indiscu

(1) Il y a pratiquement isotropie par rapport au système « terre » qu' n'est pourtant pas un système de Galilée : mais d'une part le champ de gravitation de la terre est très faible, d'autre part le mouvement de la terre peut être pratiquement considéré comme rectiligne et uniforme pendant la durée des expériences

et cela avec une approximation bien meilleure que celle exigée par les expériences de vérification de l'isotropie.

table et, à ce titre, on peut dire qu'on en a trop parlé, surtout quand on l'a présentée (cf. tous les contradicteurs et presque tous les vulgarisateurs d'Einstein...) comme l'unique base de la Relativité.

Disons donc que l'isotropie de propagation des ondes est un résultat établi expérimentalement. Ceci posé, le critérium donné par Einstein pour la simultanéité des événements distincts dans l'espace est alors conforme à l'idée naturelle (au « concept naturel »> comme disent les philosophes) de simultanéité dans n'importe quel système de référence.

En effet, ce critérium est le suivant : « deux événements distincts dans l'espace en A et B sont simultanés pour un système de référence lorsqu'un observateur placé au milieu M de AB dans ce système, perçoit les événements en même temps par l'intermédiaire de la lumière. »>

On voit immédiatement la conformité au concept naturel pour l'observateur placé en M. à cause du fait de l'isotropie; Einstein a étendu valablement ce critérium à tous les observateurs du même système de référence, en faisant remarquer que deux événements ainsi définis comme « simultanés » d'un troisième sont simultanés entre eux.

Cette conformité du critérium d'Einstein au concept naturel de simultanéité est importante, car un critérium qui ne serait pes d'accord avec ce concept vulgaire donnerait la mesure d'une pseudo-simultanéité qui, n'aurait aucun intérêt philosophique, et surtout aucun intérêt physique.

En somme, en ce qui concerne la simultanéité comme en ce qui concerne la durée, c'est bien de

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