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J. LE ROUX.

<< Relativité restreinte

et géométrie des systèmes ondulatoires >> (1).

L'ouvrage de M. Le Roux sur la Relativité restreinte est surtout un travail mathématique ; mais comme il le dit lui-même page 7 « pour discuter << valablement en matière scientifique, il est néces« saire d'être d'accord sur le sens des mots. Sans cette « précaution élémentaire, toute discussion est vaine... « Un calcul algébrique peut être exact et conduire «< néanmoins à des conclusions fausses. Tel sera le «< cas, par exemple, si l'on désigne par le même symbole << deux quantités différentes. »

Et il attribue cette erreur à Einstein... Mais a-t-il bien compris lui-même le sens des mots ? Voici ce qu'il dit :

M. LE ROUX. « La correspondance entre le temps « et un phénomène physique quelconque a pour base « la notion de simultanéité... Un phénomène se passe « à New-York le 8 octobre 1921, à 8 heures 9 m. 23s. << temps solaire moyen du méridien du lieu ; quelle est « au même moment l'heure de l'Observatoire de Paris ? « 13 h. 14 m. 46 s. La détermination de cette corres<< pondance nécessite simplement la mesure de la dif«férence de longitude. >>

Réponse.

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Oui, dans le cas où les vitesses considéres (c'est le cas de la vitesse de la terre) sont petites

(1) Gauthier-Villars, éditeurs.

par rapport au système solaire, on peut adopter partout uniformément le « temps solaire moyen » ; mais aux grandes vitesses la simultanéité dépend de l'observateur. Sans doute n'envisagez-vous pas cette hypothèse de très grandes vitesses?

M. LE ROUX. « Le temps vulgaire, temps sidéral «ou temps solaire moyen, est déterminé par une « sorte de chronomètre universel, le même pour tous « les observateurs ; dans l'hypothèse d'Einstein au «< contraire, chaque observateur a un chronomètre « idéal et la correspondance d'isochronisme entre deux << chronomètres différents se détermine uniquement « par la méthode des signaux lumineux. Les condi<< tions ne sont pas les mêmes, et il n'y a aucune << raison d'admettre que les nombres déterminés par « les deux méthodes soient identiques (p. 14).

« Les chronomètres idéaux d'Einstein n'ont aucune << existence réelle. Comme ce sont des produits de pure « imagination, l'auteur a pu les doter de toutes les « qualités qu'il lui a plu, car il en disposait comme de << son ouvrage (p. 15). »

Réponse.

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Pardon, Einstein suppose simplement que tous les chronomètres qui étaient d'accord entre eux sur la terre restent d'accord entre eux lorsqu'ils sont emportés dans un wagon à très grande vitesse ; rien de plus logique. Comme les lois de l'électromagnétisme nous obligent à admettre l'isotropie de la propagation de la lumière dans chaque système, on est forcé d'en conclure que les chronomètres emportés avec le wagon ne sont plus d'accord avec les horloges de la terre (et ces horloges de la terre sont réglées les

unes sur les autres par un critérium qui doit satisfaire tout le monde, nous l'avons montré).

Et c'est bien cette «isotropie » qui gêne M. Le Roux: il nous montre alors, par une série de calculs, que « dans le cas d'un doublet constitué par la juxtaposition d'un foyer d'émission et d'un foyer d'absorption correspondant à des ondes périodiques égales »>, les ondes d'interférence observées peuvent admettre la transformation de Lorentz, en considérant un milieu fixe (l'éther des anciennes conceptions) et une source mobile dans ce milieu (M. Le Roux l'appelle un « pôle mobile »); seulement, il faut pour cela « rapporter les << distances, dans chaque direction, à une unité qui varie << proportionnellement au rayon de l'ellipsoïde d'in<< terférence correspondant à cette direction. » (p. 14.)

Oui... mais « dans l'expérience de Michelson, les « phénomènes d'interférence sont observés à l'aide << d'instruments réputés rigides; on ne se trouve donc << pas dans le cas du phénomène homogène dont nous << venons de parler. » C'est bien embarrassant et M. Le Roux est obligé d'en conclure ceci : « Dans ce domaine, il y aurait donc influence de la terre sur le « champ, et, par conséquent, sur la propagation de la « lumière (1). Quant à la forme et à la nature de cette << influence, le champ des hypothèses est extrêmement << vaste. Nous n'en formulerons aucune. >>

...Il y aurait peut-être la théorie d'Einstein... ?

M. Le Roux glisse quelques mots sur les équations de l'électromagnétisme : « Le fait que les équations << de Maxwell conservent leur forme par les trans<< formations de Lorentz semble indiquer que les

(1) C'est M. Le Roux qui souligne.

«ondes d'interférence et le paramètre de rayonnement <«< ont une assez grande importance dans l'étude des << phénomènes optiques ou électromagnétiques lors

qu'on a à considérer des foyers mobiles ». Le malheur, c'est que là aussi les instruments d'expérience sont « réputés rigides » ; par conséquent la belle théorie mathématique de M. Le Roux tombe à faux là comme pour l'expérience de Michelson.

Quant aux autres preuves expérimentales de la Relativité restreinte, il n'en est pas question : je serais curieux de savoir, par exemple, comment M. Le Roux explique que la masse augmente avec la vitesse (1), fait constaté expérimentalement par M. Büchérer et par MM. Ch.-Eug. Guye et Lavanchy... M. Le Roux n'est donc pas fondé à tirer la conclusion qui termine son opuscule :

« Le principe de la Relativité restreinte, au sens d'Einstein, constitue tantôt une superfétation et tantôt une absurdité, suivant le domaine auquel on l'applique. >>

De

calculs algébriques exacts », - suivant sa propre expression, M. Le Roux tire « des conclusions fausses »>.

M. Le Roux a publié un autre ouvrage contre la Relativité généralisée, ainsi que plusieurs communications à l'Académie des Sciences; malheureusement il s'agit là de théories mathématiques, que l'on ne peut aborder dans un livre élémentaire. Je renvoie pour l'étude de ces objections, et surtout pour leur brillante réfutation par M. Marcel Brillouin, au volume de 1922 des Comptes rendus de l'Académie des Sciences.

(1) Je sais bien qu'il s'agit là de la masse des électrons. Mais ne sait-on pas maintenant que la matière est composée d'électrons ?

Marcelin DUBROCA.

«L'erreur de M. Einstein,

l'inacceptable théorie» (1)

M. Dubroca se croit relativiste à sa manière, qui n'est pas celle d'Einstein. En cela il se rapproche de M. Bergson. Mais M. Dubroca croit avoir inventé la relativité; et cela, c'est beaucoup plus grave.

Il a compris, lui, ce que c'est qu'un temps propre et une dimension propre ; il les appelle « durée vraie » et « longueur vraie » (p. 5, 6 et 7). De même, il définit p. 8 ce qu'il appelle la masse « vraie » et que les relativistes appellent généralement la masse propre ou

« masse en repos ».

Mais la Relativité de M. Dubroca ne s'occupe pas des changements de systèmes de référence : un phénomène quelconque, d'après lui, peut toujours être considéré comme étant « trouvé » dans un système en translation uniforme (Ce n'est pas vrai si le phénomène dure longtemps et présente une certaine « accélération ») et alors le principe de relativité (celui de M. Dubroca) se réduit à « déclarer les lois quantita«<tives des phénomènes, indépendantes envers la « vitesse du système en translation uniforme où elles << sont trouvées. » (p. 10) (2).

Le « principe de relativité » tel que l'énonce Einstein pour la lumière lui paraît une « erreur capitale » :

(1) Gauthier-Villars, éditeur.

(2) C'est ce que nous avons appelé « principe des temps propres > et « principe des dimensions propres ». Le principe de relativité, celui qu'on est convenu d'appeler ainsi. est bien plus général.

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