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une « troisième hypothèse » pour expliquer le résultat de l'expérience de Michelson (celles de Lorentz et d'Einstein étant les deux premières): cette troisième hypothèse, c'est celle d'un éther entourant la terre et entraîné par elle, tandis que dans les espaces interstellaires règnerait le «< suréther » qui serait «immobile ». D'après M. Nordmann cette hypothèse suffit pour expliquer 1° l'aberration des étoiles, 2o le résultat négatif de l'expérience de Michelson. Seulement elle ne suffit pas pour expliquer la variation de la masse des électrons, et tous les résultats de la théorie de l'électromagnétisme... et l'expérience de Fizeau, et les confirmations expérimentales de la Relativité généralisée...

M. Nordmann a exposé, à la fin de son livre, les critiques de M. Painlevé, faites en 1921 par ce savant à l'Académie des Sciences; on sait que M. Painlevé a abandonné depuis les objections qu'il avait faites, à cette époque, à la théorie d'Einstein, et est arrivé à réduire la discussion à certains détails de la Relativité généralisée (1). On ne pourrait donc plus écrire maintenant « M. Paul Painlevé, avec la force d'un génie « mathématique rigoureux, s'est dressé contre Newton << qu'on croyait écrasé et Einstein... »

Mais on ne peut qu'approuver les conclusions de M. Nordmann qui sont les suivantes : « Quoi qu'il • advienne, la doctrine d'Einstein possède une puis<< sance de synthèse et de précision qui nécessairement

(1) Il s'agit de savoir quelle est la signification physique des coordonnéos r, q, 0 et t de la formule donnée par Schwarzschild pour le champ de gravitation d'un centre matériel.

« fondra son majestueux ensemble d'équations dans la science de demain...

« Einstein, au fond de l'inconnu, nous a dévoilé « des clartés nouvelles. Il est, et restera, un des phares « de la pensée humaine. »

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M. Fabre, dans l'édition « épurée » de 1922 de son livre, nous présente les théories d'Einstein en quatre fois une première fois sous leur aspect élémentaire (c'est-à-dire sans calculs), une deuxième fois sous leur aspect historique, etc... Mais malgré ces multiples exposés, on a l'impression que l'auteur parle de choses extérieures à lui, qu'il ne s'est pas bien assimilées.

C'est ainsi que, p. 30, après avoir expliqué que la simultanéité est relative si les observateurs font partie de systèmes de référence en mouvement l'un par rapport à l'autre, il ajoute :

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M.FABRE. << Prévenons les divagations et les « vertiges Je me représente, avec une merveilleuse «< aisance, un certain nombre de cuistres trouvant « là matière à philosopher et tirant des théories « d'Einstein des armes contre Kant ou contre Leibnitz « ou Saint-Thomas (p. 30)...

« Qu'est en effet le temps scientifique, sinon une << monstruosité conventionnelle ?... Nous venons de « voir avec quelque étonnement qu'il est relatif et << n'est pas uniforme. Etait-il besoin d'attendre Eins« tein pour y songer? Ne savons-nous pas que tout << temps réel est relatif aux mouvements qu'il me<<< sure ? Et dire qu'il est uniforme, n'est-ce pas « prendre une définition pour une réalité, un postulat << pour une certitude ?...

(1) Payot, éditeur, Paris.

« Quelles que soient les merveilleuses conséquences des théories einsteiniennes, n'oublions pas que le « savant parle d'un temps abstrait dont il donne des interprétations physiques.

« L'idée métaphysique du temps est une autre « chose, et au dire des philosophes, une tentative en « vue de restaurer la réalité du temps expérimental. « Il y a là de quoi méditer sérieusement. Je me sens a très proche des métaphysiciens dans cette affaire ; « mais il faudrait y voir de plus près encore. Pour «mon lecteur je me contenterai de donner une cer« titude:

« Il est vain d'emprunter aux théories d'Einstein a des armes contre la métaphysique du temps et de « l'espace. Il ne s'agit pas des mêmes choses. » (p. 31 et 32).

Réponse.

Au risque de passer pour un cuistre à vos yeux, je vous répondrai que le temps d'Einstein n'est pas un temps « scientifique » en ce sens qu'il n'est pas une monstruosité conventionnelle, mais simplement le temps expérimental dont parlent les métaphysiciens et M. Tout le Monde : c'est le temps mesuré, le temps vécu, et pas autre chose : C'est celui qui figure dans l'expression des lois de l'électromagnétisme que l'expérience vérifie. Du reste, si on met un métaphysicien sur la voie du train d'Einstein avec ses deux miroirs conjugués, et s'il constate qu'il perçoit les deux éclairs en même temps, il sera obligé de constater que les deux éclairs sont effectivement simultanés, et que cette simultanéité est bien conforme au «< concept naturel » que sa raison lui en donne

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car il peut faire sur la voie l'expérience de Michelson ou tout autre, il sera obligé d'admettre l'isotropie de la vitesse de la lumière; donc les deux éclairs sont simultanés, au sens métaphysique du mot, pour les métaphysiciens de la voie.

Mais si on place, au milieu du train, un autre métaphysicien, le raisonnement de la page 23 (qui est le raisonnement d'Einstein) nous montre que ce second philosophe percevra l'éclair-avant avant l'éclair-arrière; or, lui aussi, peut répéter l'expérience de Michelson, il sera donc obligé d'admettre que le critérium d'Einstein est bien conforme, pour le wagon comme pour la voie au concept naturel de simultanéité; or, l'application de ce critérium l'oblige à constater que les deux éclairs ne sont pas simultanés.

Conclusion: Les mesures faites en conformité avec le concept naturel de simultanéité donnent des résultats systématiquement différents pour deux observateurs (ou mieux pour les observateurs de deux systèmes) en mouvement l'un par rapport à l'autre. Nous en «< induisons » (c'est bien comme cela qu'on dit, n'est-ce pas, en Philosophie ?), nous en induisons que les concepts naturels en question désignent des choses qui sont, en soi, différentes. Personne, fût-il métaphysicien, ne peut aller contre ce raisonnement là. La simultanéité, physique ou métaphysique (comme vous voulez, car c'est la même) dépend de l'observateur.

Du reste, il n'y a pas deux vérités : le temps d'Einstein, c'est le temps de tout le monde, le temps qui régit tous les phénomènes physiques, chimiques et biologiques, qui, tous, peuvent servir d'« horloges ». C'est celui-là qui est relatif.

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