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l'amour, élevez vos paradoxes en solides colonnes, et débarrassez-vous ainsi de l'infirmité du doute. Vous vous délivrerez ainsi, au moins tant bien que mal. Les mouvements naturels de l'âme sont si supérieurs à ses mouvements volontaires, qu'il ne nous est jamais possible de leur rendre justice dans la chaleur de la dispute. Dans la dispute, la pensée n'est pas justement exprimée; elle n'est pas proportionnée, et, dans ses saillies les plus vraies, elle se montre rauque et brisée, et ne témoigne qu'à demi d'elle-même. Mais soyez de la même opinion que votre adversaire, et alors vous reconnaîtrez aussitôt qu'en réalité, au-dessous de toutes leurs différences extérieures, tous les hommes n'ont qu'un même cœur et un même esprit.

La sagesse ne nous permettra jamais de rester avec aucun homme en état de guerre. Nous refusons notre sympathie et notre intimité, comme si nous attendions de plus grandes sympathies, de meilleures intimités. Mais d'où viendront-elles et quand viendront-elles? Demain sera semblable à aujourd'hui. La vie se passe pendant que nous nous préparons à vivre. Nos amis et nos compagnons meurent loin de nous. A peine pouvonsnous dire que nous voyons s'approcher de nous de nouveaux hommes et de nouvelles femmes. Nous sommes trop vieux pour avoir égard à la mode, trop vieux pour espérer le patronage de quelqu'un de plus riche et de plus puissant. C'est pourquoi, sachons goûter la douceur des affections et des habitudes qui nous entourent. Ces souliers sont aisés à nos pieds. Sans doute dans la société qui nous entoure nous pouvons surprendre plus d'un défaut; sans doute nous pourrions prononcer des noms plus beaux et qui chatouillent mieux l'imagination. L'imagination de chaque homme a ses amis, et charmante serait la vie si on pouvait la passer avec les compagnons qu'on a désirés. Mais si vons ne pouvez

vivre avec eux dans de bons termes, vous ne pourrez les obtenir. Si ce n'est pas la Divinité, mais l'ambition qui forme et noue vos nouvelles relations, toute vertu sortira d'elles, comme toute saveur disparaît dans les fraises plantées dans les jardins.

Ainsi la vérité, la franchise, le courage, l'amour, l'humilité et toutes les vertus se rangent du côté de la prudence, autrement dit l'art de s'assurer le bien-être présent. Je ne sais pas si on reconnaîtra un jour que toute la matière est formée d'un seul élément, l'hydrogène ou l'oxygène, mais le monde des mœurs et des actions est taillé dans une même étoffe, et commençons par où nous voudrons, nous serons bien sûrs de réciter au bout de peu de temps nos dix commandements.

VII

HÉROISME.

Le paradis est sous l'ombre des épécs.

МАНОМЕТ.

Dans les vieux dramaturges anglais, et principalement dans Beaumont et Fletcher', il y a une si constante science de la distinction et de la noblesse, qu'il semble qu'une noble conduite fût la marque de la société de leur âge comme la couleur est la marque de notre population américaine. Lorsque quelque Rodrigo, quelque Pedro, quelque Valero entre, bien qu'il soit un étranger, le duc ou le gouverneur s'écrie aussitôt : Voilà un gentleman, et lui prodigue des politesses sans fin. Un certain jet héroïque de caractère et de dialogue qui s'harmonise avec cet amour des avantages personnels dans leurs pièces de théâtre, par exemple dans Bonduca, Sophocle, le Fol amant, le Double mariage, · Double mariage, - rend le personnage qui parle si ardent et si cordial, sort si profondément du fond même du caractère, qu'à la plus légère occasion, au moindre incident, le dialogue s'élève natu rellement jusqu'à la poésie. Parmi un grand nombre de passages, nous choisirons le suivant : Le Romain Martius

François Beaumont et John Fletcher, tous deux contemporains de Shakspeare et du siècle d'Élisabeth, sont auteurs d'un grand nombre de tragédies et de comédies pastorales, composées en commun. L'aîné de ces jumeaux littéraires, John Fletcher, est né en 1579 et mort en 1625; Beaumont, né probablement en 1585, est mort en 1616.

a conquis Athènes tout entière, à l'exception des âmes invincibles de Sophocle, le duc d'Athènes, et de Dorigène, sa femme. La beauté de cette dernière enflamme Martius, et il cherche alors à sauver son époux; mais Sophocle ne demandera pas grâce pour sa vie, bien qu'il ait l'assurance qu'un mot le sauverait, et l'exécution des deux époux est ordonnée.

VALERIUS. Dis adieu à ta femme.

SOPHOCLE. Non, je ne prendrai pas congé d'elle. Ma Dorigène, va, mon esprit planera au-dessus de toi et t'environnera. Toi, je t'en prie, hâte-toi.

DORIGÈNE. Arrête-toi, Sophocle, bande-moi les yeux; que la douce nature et la sensible humanité de mon sexe ne soient pas offensées par la vue du sang de mon époux. Maintenant, tout est bien; jamais je ne contemplerai sous le soleil un objet comparable à mon Sophocle. Adieu. Maintenant, enseigne aux Romains à mourir.

MARTIUS. Sais-tu ce que c'est que de mourir?

SOPHOCLE. Si tu ne le sais pas, Martius, tu ne sais pas davantage alors ce que c'est que de vivre. Mourir, c'est commencer à vivre, c'est terminer une existence vieille, décrépite et épuisée, pour en commencer une autre plus nouvelle et meilleure ; c'est laisser la société de fourbes et de coquins pour entrer dans celle des dieux et des déesses. Toi-même, à la fin, tu devras abandonner tes guirlandes, tes triomphes, tes plaisirs, et le visage que tu montreras à cette heure suprême prouvera ta force d'âme.

VALÉRIUS. Mais n'es-tu pas chagrin et affligé d'abandonner ainsi la vie?

SOPHOCLE. Pourquoi donc serais-je affligé d'être envoyé vers ceux que j'aimais toujours le plus? Maintenant je vais m'agenouiller en te tournant le dos; c'est le dernier devoir que ce corps doive remplir envers les dieux.

MARTIUS. Frappe, frappe, Valérius, ou le cœur de Martius va s'élancer hors de son sein. Quel homme! quelle

femme! Embrasse ton époux, et vivez avec toute la liberté à laquelle vous étiez accoutumés! O amour! tu m'as doublement affligé, tu m'as frappé par la beauté et par la vertu. Traitre cœur, ma main t'arrachera de mon sein avant que tu brises le pieux lien qui unit ces deux époux.

VALÉRIUS. Qu'as-tu donc, frère?

SOPHOCLE. Martius! Martius! tu as trouvé maintenant le véritable moyen de me vaincre.

DORIGENE. O étoile de Rome! La reconnaissance a-telle des mots convenables pour une telle action?

MARTIUS. Valérius, cet admirable duc, captif, m'a captivé moi-même par son dédain de la fortune et de la mort; et bien que mon bras ait conquis son corps, son âme a subjugué l'âme de Martius. Par Romulus, il est, je crois, tout âme; il n'a pas de corps et l'esprit ne peut être enchaîné. Ainsi donc, nous n'avons rien conquis, car il est libre et c'est Martius qui est maintenant captif.

Je ne me rappelle aucun poëme, aucune pièce de théâtre, aucun discours, aucun sermon, aucune nouvelle parmi toutes les publications des dernières années qui aient le même ton. Nous avons beaucoup de flûtes et de flageolets, mais rarement le son du clairon vient frapper notre oreille. Cependant, dans Wordsworth, Laodamia et l'ode intitulée Dion ont une certaine noble musique. Scott, de temps à autre, rencontre quelques beaux traits, par exemple le portrait de lord Evandale, décrit par Balfour de Burley. Thomas Carlyle, grâce à son goût naturel pour les caractères virils et entreprenants, n'a pas laissé échapper un seul trait héroïque dans les peintures historiques et biographiques qu'il nous a données de ses favoris. Un peu avant tous ceux-là, Robert Burns nous avait laissé un chant ou deux. Dans les Mélanges harléiens, il y a un récit de la bataille de Lutzen qui mérite d'être lu. L'histoire des Sarrasins de Simon Ockley ra

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