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conte les prodiges de la valeur individuelle avec admiration, mais c'est l'histoire elle-même qui raconte ces prodiges, car, pour l'auteur, il semble évident qu'il a pensé que sa position dans la chrétienne Oxford l'obligeait à certaines récriminations et protestations. Mais si nous explorons la littérature de l'héroïsme, nous irons droit à Plutarque qui est son professeur et son historien. C'est à lui que nous devons le Brasidas, le Dion, l'Epaminondas, le Scipion, tous les vieux héros d'autrefois, et c'est pourquoi je pense que nous devons plus à Plutarque qu'à tous les autres écrivains de l'antiquité. Chacune de ses vies est une réfutation de la lâcheté et du désespoir de nos modernes théoriciens religieux ou politiques. Un courage hardi, un stoïcisme qui sort non de l'école, mais du sang, brillent dans chaque anecdote et ont donné à ce livre son immense renommée.

Nous avons besoin de livres empreints de cette âcre et salutaire vertu plutôt que de livres traitant de science politique ou d'économie privée. La vie n'est une fête que pour les hommes sages. Vue du coin du feu de la prudence, elle montre un visage menaçant et dévasté. Les violations des lois de la nature, commises par nos devanciers et nos contemporains, sont expiées par nous aussi. Le malaise et la difficulté qui nous entourent nous assurent de l'infraction aux lois naturelles, intellectuelles et morales, et même nous rendent certains qu'il a fallu violation sur violation pour arriver à former une telle complexité de misère. Un mal de dents qui force un homme à incliner sa tête jusqu'à ses pieds, l'hydrophobie qui le fait aboyer à sa femme et à ses enfants, la folie qui lui fait manger de l'herbe; la guerre, la peste, le choléra, la famine, indiquent une certaine férocité de la nature qui, née du crime humain, doit être expiée par la souffrance humaine : malheureusement il n'existe presque aucun homme qui n'ait participé au

péché et qui n'ait mérité ainsi sa part de l'expiation universelle.

Toutefois notre culture ne doit pas omettre de fournir des armes à l'homme. Qu'il apprenne, lorsque l'heure en sera venue, qu'il est né dans l'état de guerre, que la société et son propre bien-être exigent qu'il n'aille pas folâtrer dans les marais de la paix, mais qu'il doit être prudent, recueilli, qu'il ne doit ni défier, ni craindre le tonnerre. Qu'il porte donc entre ses mains sa vie et sa réputation et qu'avec une urbanité parfaite il affronte par l'absolue vérité de ses discours et par la rectitude de sa conduite le gibet et la populace.

L'homme au dedans de son cœur prend la résolution d'avoir contre les maux extérieurs une attitude guerrière et se donne à lui-même l'assurance qu'il est capable, lui, tout isolé qu'il soit, de combattre l'armée infinie de ses ennemis. Nous donnons le nom d'héroïsme à cette attitude militaire de l'âme. Sa forme la plus rude est ce mépris de l'aisance et de la sûreté qui fait l'attrait de la guerre. L'héroïsme est une confiance en soi qui, dans la plénitude de son énergie et de sa puissance à réparer les désastres qu'il peut avoir à essuyer, méprise les contraintes de la prudence. Le héros possède un esprit si exactement balancé qu'aucun tumulte ne peut ébranler sa volonté, mais que, grâce à cet équilibre de son esprit, il passe avec harmonie et pour ainsi avec gaieté au son de la propre musique de son âme, au travers des alarmes et des effrois, et aussi de la folle joie de l'universelle corruption. Il y a quelque chose dans l'héroïsme d'anti-philosophique, quelque chose d'anti-religieux. Le héros n'a pas l'air de se douter que toutes les âmes sont faites de la même étoffe que la sienne; il a de l'orgueil. -L'héroïsme est le point extrême de la nature individuelle. Néanmoins nous devons profondément le respecter. Il y a, dans les grandes actions, quelque chose qui nous

défie de les dépasser. L'héroïsme sent et ne raisonne jamais, c'est pourquoi il est toujours droit; et bien qu'une éducation différente, une religion différente et une plus grande activité intellectuelle eussent souvent modifié ou même complétement changé telle ou telle action individuelle, cependant il est à remarquer que l'action du héros, quelle qu'elle soit, est toujours l'action la plus haute qui se puisse imaginer et qu'elle échappe à la critique des philosophes et des théologiens. Tout homme illettré avouera qu'il trouve en lui une qualité qui ne se soucie ni de la dépense, ni de la santé, ni de la vie, ni du danger, ni de la haine, ni des reproches et dont il est assuré que les volontés sont plus hautes et plus excellentes que tous les contradicteurs actuels et possibles.

L'héroïsme marche en contradiction avec la voix du genre humain et même pour un temps en contradiction avec les sages et les grands. L'héroïsme est une obéissance à une impulsion secrète du caractère individuel. Dans le moment, aucun homme ne peut voir la sagesse de cet acte comme le héros lui-même la voit, par cette simple raison que chaque homme voit plus clair que personne dans ses propres affaires. C'est pourquoi les hommes sages et justes prennent ombrage de ces actes, jusqu'à ce qu'au bout de quelque temps ils voient que ces actes sont en parfaite harmonie avec les leurs. Les hommes prudents voient aussi de leur côté que l'action est le contraire le plus absolu de la prospérité sensuelle; car tout acte héroïque se mesure par son mépris pour quelque bien extérieur. Mais à la fin, l'héroïsme rencontre aussi sa prospérité et alors les hommes prudents l'exaltent et le louent.

La confiance en soi est l'essence de l'héroïsme. L'héroïsme est l'état de guerre de l'âme; sa fin, c'est la défiance de la fausseté et de l'injustice, la puissance de supporter

tout ce que peuvent lui faire souffrir les agents du mal. Il dit la vérité et il est juste. Il est généreux, hospitalier, plein de tempérance, il méprise les calculs sordides et dédaigne les dédains. Il est plein de persistance, il est d'une hardiesse indomptable et d'une infatigable valeur. Le sujet de ses railleries est la petitesse de la vie commune. Cette fausse prudence qui adore la richesse et la santé est le but vers lequel l'héroïsme dirige ses attaques, le sujet sur lequel il répand sa gaieté. L'héroïsme, comme Plotin, est presque honteux d'avoir un corps. Que dira-t-il alors des dragées et des lits moelleux, des compliments, de la toilette, des querelles, des jeux et des douces choses qui torturent et absorbent l'esprit de toute société humaine? Oh! quelles joies la tendre nature a gardées pour nous tous ses chers enfants! Il semble qu'il n'y ait aucun intervalle entre la grandeur et la petitesse. Lorsque l'esprit n'est pas le maître du monde, il est sa dupe. Cependant le petit homme qui est né blond et meurt grisonnant prend si innocemment la vie, travaille avec tant d'étourderie et de confiance, qu'en le voyant arranger sa toilette, prendre soin de sa santé, inventer des ruses et disposer des lacets et des piéges pour attraper quelque douce nourriture ou quelque enivrante liqueur, mettre toute son âme et toute sa joie dans la possession d'un cheval et d'un fusil, être heureux de quelques babillages ou de quelques petites louanges, une grande âme ne peut s'empêcher de rire et de s'amuser de toutes ces absurdités passionnées. « En vérité, ces humbles considérations m'enlèvent à l'amour de la grandeur. Quel ennui n'est-ce pas pour moi d'être obligé de prendre note du nombre de tes paires de bas de soie, de savoir combien il en est qui sont couleur de pêche, de dresser l'inventaire de tes chemises et de les ranger les unes pour le nécessaire, les autres pour le superflu! >>

Les citoyens qui pensent d'après les lois de l'arithmétique considèrent l'inconvénient de recevoir des étrangers à leur foyer, et calculent petitement la perte du temps et les dépenses inaccoutumées que cette hospitalité occasionnera; une âme d'une qualité supérieure rejette au contraire dans les souterrains de la vie cette économie hors de saison, et dit : J'obéirai à Dieu; c'est lui qui fournira le feu et le sacrifice. Ibn Hankal, le géographe arabe, décrit en ces termes l'héroïsme extrême de l'hospitalité, telle que l'exerçait un habitant de Sogd, en Bukharie : «< Lorsque j'étais à Sogd, je vis un grand bâtiment semblable à un palais, dont les portes étaient ouvertes et fixées au mur par des ongles de fer. J'en demandai la raison, et on me repondit que ce bâtiment n'avait été fermé ni le jour ni la nuit depuis cent ans. Les étrangers, quel que soit leur nombre, peuvent s'y présenter à toute heure; le maître a amplement fait ses provisions pour la réception des hommes et de leurs animaux, et il n'est jamais plus heureux que lorsqu'ils séjournent quelque temps chez lui. Je n'ai rien vu de semblable dans aucune autre contrée.» Les àmes magnanimes savent bien que lorsqu'elles donnent aux étrangers leur temps, leur argent, leur maison, pourvu que tout cela soit donné par amour et non par ostentation, elles mettent Dieu pour ainsi dire dans l'obligation de leur rendre de semblables services, tellement sont parfaites les compensations de l'univers. Le temps qu'elles semblent perdre est racheté, les peines qu'elles semblent prendre portent leur récompense avec elles-mêmes. Ces êtres magnanimes soufflent sur toute la terre la flamme de l'amour humain et élèvent l'étendard de la vertu civile sur tout le genre humain. Mais l'hospitalité doit être donnée pour rendre service, et non pour satisfaire notre orgueil; car dans ce cas elle humilierait notre hôte. L'ame héroïque s'apprécie d'une valeur trop haute pour

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