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parti; nous sommes soulagés et rafraîchis, et cette relation est une sorte de joyeuse solitude. Dans nos jours de péché, nous pensons follement que nous devons être affables envers nos amis à cause des coutumes de la société, à cause de leur toilette, de leur naissance, de leur éducation, de leur valeur personnelle.

Plus tard, si nous sommes assez heureux pour cela, nous apprenons que l'âme qui seule peut être mon amie, c'est l'âme que j'ai rencontrée sur la route où je marchais, l'âme à laquelle je ne me refuse pas, qui ne se refuse pas à moi, et qui, née sous la même latitude céleste que moi, répète en elle-même toutes mes expériences personnelles. Le scholar et le prophète s'oublient eux-mêmes et imitent les coutumes et les costumes de l'homme du monde pour mériter les sourires de la beauté. Ils deviennent fous et suivent quelque fantasque jeune fille, au lieu de chercher avec une religieuse et noble passion une femme à l'âme sereine, belle et prophétique. Qu'ils soient grands et l'amour ne leur fera pas défaut. Rien n'est aussi fortement puni que la négligence des affinités par lesquelles la société peut seulement être formée, et la légèreté insensée dans le choix de nos associés.

L'homme peut déterminer sa propre valeur. C'est une maxime universelle digne d'être pleinement acceptée, qu'un homme peut acquérir la valeur qu'il s'attribue. Prenez la place et mettez-vous dans la position où vous voyez que votre droit ne peut être mis en question, et tous les hommes acquiesceront à vos prétentions. Le monde est obligé d'être juste. Toujours il laisse avec une profonde indifférence chaque homme établir lui-même sa propre valeur que cet homme soit un héros ou un niais, le monde ne se mêle pas de ses affaires. Il acceptera certainement la mesure que vous établirez vous-même pour vos actes et pour votre être; soit que lâchement vous

rampiez et que vous niiez votre propre nom, soit que vous lui montriez votre œuvre unie dans la concave sphère des cieux avec la révolution des étoiles.

La même réalité pénètre tous les enseignements. L'homme peut enseigner par acte et pas autrement. S'il peut se communiquer aux autres, il peut enseigner, mais que ce ne soit pas par des mots. Celui qui enseigne donne; celui qui apprend reçoit. L'enseignement est nul jusqu'au moment où le disciple est arrivé au même état que vous et a reconnu les mêmes principes; alors il s'opère une mutation de plus; il est vous, vous êtes lui; voilà l'enseignement, et il n'y a pas de hasard malheureux ou de mauvaise compagnie qui puisse jamais faire perdre entièrement à votre disciple les bienfaits intellectuels qu'il a reçus de vous. Mais vos leçons sortent par une oreille lorsque vous vous contentez de les faire entrer par l'autre. Nous recevons l'avis que M. Grand prononcera un discours le 4 juillet, et que M. Hand en prononcera un autre devant l'auditoire de l'association mécanique, et nous ne nous dérangeons pas pour aller les entendre, parce que nous savons bien d'avance que ces gentlemen ne communiqueront pas à l'auditoire leur caractère et leur être. Si nous pensions recevoir quelque communication de ce genre, nous irions malgré toutes nos affaires et toutes les importunités qui nous assiégent. Les malades eux-mêmes s'y feraient transporter en litière. Mais un discours public est une méprise, un mensonge, un manque de confiance, une apologie, un bâillon; ce n'est pas une communication, un discours, un homme.

Une semblable Némésis préside à tous nos travaux intellectuels. Nous devons apprendre que la chose qui est exprimée en paroles n'est pas pour cela affirmée. Elle doit s'affirmer d'elle-même et par sa valeur intrinsèque, car il n'y a pas de formes de grammaire, de plau

sibilité, ni de méthode d'argumentation qui puissent lui imprimer les caractères de l'évidence. La sentence doit contenir en elle son apologie, qui l'excuse pour ainsi dire d'avoir été exprimée, et qui manifeste le droit qu'elle avait d'être exprimée.

L'effet de tout écrit sur l'esprit public peut être mesuré mathématiquement par la profondeur de pensée renfermée dans cet écrit. Quelle quantité d'eau contient le vase? Si cet écrit éveille en vous la pensée, si par la grande voix de l'éloquence il vous fait tressaillir et vous fait lever et sortir de votre repos, son effet sur l'esprit des hommes sera large, lent, permanent; si ces pages, au contraire, ne vous instruisent pas, elles mourront comme les mouches au bout d'une heure. La manière de parler et d'écrire qui ne passe pas de mode, c'est parler et écrire sincèrement. L'argument qui n'a pas la puissance d'atteindre à ma vie et à ma manière d'être atteindra difficilement, je le crains, à celles des autres. Prenez pour devise le mot de Sidney: Descends dans ton cœur et écris. Celui qui écrit pour lui-même écrit pour un public éternel. Cela seul est digne du public qui a été fait en vue de satisfaire votre propre curiosité. L'écrivain qui prend son sujet dans tout ce qui bourdonne à ses oreilles, au lieu de le prendre dans son cœur, devrait savoir qu'il a perdu autant qu'il semble avoir gagné, car lorsque le livre a recueilli toutes ses louanges et que la moitié du public a crié suffisamment: quelle poésie! quel génie! il se trouve que ce livre n'a pas encore assez de flamme pour propager une abondante chaleur. Il n'y a que ce qui est profitable qui profite. Il n'y a que la vie qui puisse engendrer la vie, et, malgré tous nos éclats, nous ne serons jamais mesurés que d'après la mesure que nous aurons fournie de nous-mêmes. Il n'y a pas de hasard dans la réputation littéraire, Ce ne sont pas les bruyants et individuels

lecteurs du livre nouvellement paru qui rendent sur ce livre un verdict définitif. C'est un public, comparable à un tribunal céleste, qu'il est impossible de corrompre, de séduire, d'intimider, qui décide des titres de chaque homme à la renommée. Il n'y a que les livres qui méritent de rester qui restent. Toutes les éditions sur vélin, reliées en maroquin, dorées sur tranche, le grand nombre d'exemplaires répandus dans toutes les bibliothèques ne feront pas vivre un livre au-delà de la date intrinsèquement contenue en lui-même. Ce livre s'en ira à sa destinée avec tous les annuaires royaux et toutes les éditions splendides des livres passés. Blackmore, Kotzebue, Pollock peuvent bien subsister une nuit; mais Moïse et Homère subsistent pour l'éternité. Il n'y a pas à la fois dans le monde plus d'une douzaine de personnes qui lisent Platon et qui le comprennent; il n'y en a jamais assez pour pouvoir publier une édition de ses œuvres; et cependant, grâce à ces quelques personnes, les œuvres de Platon se présentent à chaque nouvelle génération comme si elles étaient apportées par les mains de Dieu lui-même. Aucun livre, disait Bentley, n'a jamais été conservé ou effacé que par lui-même. La permanence et la durée de tous les livres ne sont pas établies par des efforts hostiles ou amis, mais par leur propre gravité, par l'importance intrinsèque des choses qu'ils adressent à ce qu'il y a de constant et d'éternel dans l'esprit de l'homme. « Ne vous inquiétez pas trop de la lumière sous laquelle vous devez placer votre statue, disait Michel-Ange à un jeune sculpteur; la lumière de la place publique saura bien faire valoir son véritable mérite. >>

De même, l'effet de chaque action peut être mesuré par la profondeur du sentiment dont elle découle. Le grand homme ignorait qu'il fût grand; il a fallu un siècle ou deux pour que sa grandeur apparaisse. Il a fait

ce qu'il a fait parce qu'il était de son devoir de le faire; il n'avait pas le choix. Ses actions étaient pour lui la chose la plus naturelle du monde et naissaient des circonstances de l'heure présente. Mais aujourd'hui toutes ses actions, même un geste de sa main, même sa manière habituelle de prendre ses repas, semblent larges, ont d'infinis rapports avec l'universalité des choses et sont devenues des institutions.

Voici quelques démonstrations du génie de la nature, données par quelques simples détails; ils nous montrent la direction du courant. Mais ce courant est de sang, chacune de ses gouttes est vivante. La vérité ne remporte pas de victoires individuelles; toutes les choses sont ses organes, non-seulement la poussière et les pierres, mais même les erreurs et les mensonges. Les lois de la maladie, nous disent les médecins, sont aussi belles que les lois de la santé. Notre philosophie est affirmative et n'en accepte pas moins avec empressement le témoignage des faits négatifs; c'est ainsi que toute ombre indique le soleil. Par une nécessité divine, chaque fait dans la nature est forcé de venir apporter son témoignage.

Le caractère humain doit en outre se manifester de lui-même aux yeux des autres hommes. Il ne peut pas se cacher, il déteste les ténèbres, il court après la lumière. L'acte et le mot les plus fugitifs, la simple apparence d'agir aussi bien que le plus intime dessein expriment le caractère; si vous agissez, vous manifestez votre caractère; vous le manifestez par votre repos; vous le manifestez par votre sommeil. Vous croyez que parce que vous n'avez rien dit pendant que les autres parlaient, et parce que vous n'avez pas exprimé votre opinion sur les temps actuels, sur l'Église, sur l'esclavage, sur les colléges, sur les partis et les individus, votre verdict est encore attendu avec curiosité comme la voix d'une sagesse attardée. C'est tout le contraire, votre silence

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