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et à quelques existences. Nous sommes comme des enfants qui répètent par routine les sentences de leurs grand'mères et de leurs tuteurs, et, à mesure qu'ils grandissent, des hommes de talent et de caractère qu'ils ont eu l'occasion de rencontrer. Péniblement ils cherchent à se rappeler les exactes paroles qu'ils ont entendues; mais un jour, lorsqu'ils arrivent d'eux-mêmes au point de vue où étaient placés ceux qu'ils avaient écoutés autrefois, alors ils comprennent entièrement le sens de ces paroles et voudraient bien pouvoir les oublier. Lorsque nous avons une nouvelle perception, débarrassons joyeusement notre mémoire de ces trésors entassés comme d'objets de rebut. Si un homme vit avec Dieu, sa voix sera aussi douce que le murmure du ruisseau et le frémissement de la moisson courbée par le vent.

Et maintenant la plus haute vérité sur ce sujet n'est pas exprimée et probablement ne peut pas l'être, car tout ce que nous disons n'est que l'ombre et le lointain souvenir de l'intuition. Lorsque le bien est tout près de vous et que vous avez en vous-même la plénitude de la vie, ce n'est par aucun moyen connu et préparé d'avance. Vous ne remarquez pas les empreintes des pas d'aucun autre, vous ne voyez pas la figure de l'homme, vous n'entendez prononcer aucun nom; pensée, méthode, bien, semblent étranges et nouveaux. Cette plénitude de la vie exclut tout autre être; vous venez de l'humanité, mais vous n'allez pas vers elle. Toutes les personnes qui ont jamais existé ne sont plus que des serviteurs fugitifs. La crainte et l'espérance n'existent plus. Nous ne réclamons rien, et l'espoir même semble quelque chose de vil. Nous sommes en pleine vision. Il n'y a plus rien que nous puissions appeler gratitude et même joie. L'âme est élevée au-dessus de la passion. Elle contemple l'identité et la cause éternelle, et per

çoit directement la vérité et la justice. Alors nous sommes comme envahis par la tranquillité et sans inquiétude pour l'univers, en voyant que toutes choses vont bien. Les vastes espaces de la nature, l'océan Atlantique, la mer du Sud; les vastes intervalles du temps, les années, les siècles, n'ont plus aucune importance. Ce que je pense et ce que je sens anéantit le premier état de ma vie et ses circonstances, en les rehaussant, comme il rehausse mon présent, comme il rehaussera toute circonstance possible, ce que nous appelons la vie et ce que nous appelons la mort.

La vie actuelle compte seule et non la vie passée. La puissance cesse à l'instant du repos; elle existe dans le moment de transition d'un état passé à un état nouveau, au moment où on se lance dans le gouffre, où on court vers le but. Le monde déteste les manifestations de l'âme', car ces manifestations abaissent le passé, mettent les richesses au niveau de la pauvreté, changent la réputation en honte, et confondent le saint avec le criminel en les mettant également de côté. Pourquoi alors parler de confiance en soi-même? Tant que l'âme est présente il n'y a aucun pouvoir confiant, il n'y a que des pouvoirs actifs. Parler de confiance est véritablement une pauvreté. Parlons plutôt de ce qui se confie, parce que cela seul travaille et existe. Celui qui a plus d'âme que moi me maîtrise, quand bien même il ne remuerait pas le doigt. Autour de lui, je dois errer condamné par la loi de la gravitation des esprits; celui, en revanche, qui a moins d'âme que moi, je le gouvernerai avec la même facilité. Lorsque nous parlons de vertus éminentes, nous prenons ces mots pour des figures de rhétorique, et nous ne voyons pas que la vertu, c'est l'é

L'original porte soul becomes, l'âme devient. C'est un mot emprunté à la phraséologie hégélienne,

lévation; qu'un homme ou une société d'hommes imprégnés de ces principes doivent, de par les lois de la nature, conquérir et subjuguer les cités, les nations, les rois, les hommes opulents et les poëtes qui n'ont pas en eux leurs vertus.

Cette domination de la vertu, qui est la fusion de toutes choses dans l'unité sacrée, est le dernier fait que nous atteignons si vite, qu il s'agisse de ce sujet ou de tout autre. La vertu est le dominateur; le Créateur, l'unique réalité. Toutes les choses n'ont de réalité que par le plus ou le moins de vertu qu'elles contiennent. La dureté, l'économie, la chasse, la pêche, la guerre, l'éloquence, la valeur personnelle, toutes ces choses engagent jusqu'à un certain point mon respect et mon attention, comme étant des exemples de la présence de l'âme et des exemples d'actions impures en désaccord avec la vertu. J'observe la même loi dans la nature. Le poids d'une planète, l'arbre courbé par le vent qui se relève lui-même, les ressources vitales de chaque végétal et de chaque animal, sont des démonstrations de l'âme qui se suffit à elle-même, et qui par conséquent se confie en elle-même. Toute l'histoire, depuis ses plus grandes hauteurs jusqu'à ses dernières trivialités, n'est que le mémorial de cette puissance.

Et puisque tout se concentre dans cette unique essence, ne rôdons pas çà et là. Asseyons-nous en silence dans notre demeure et vivons en compagnie de cette unique vertu. Étonnons et forçons au silence les hommes, les institutions et les livres, par une simple déclaration de ce fait divin. Prions-les d'oter leurs souliers de leurs pieds, car Dieu est ici avec nous. Que notre simplicité les juge tous, et que notre docilité à notre propre loi démontre la pauvreté de la nature et de la fortune en face de nos richesses natives.

Mais aujourd'hui nous sommes une véritable popu

lace. L'homme n'a pas de respect sacré pour l'homme; l'âme ne sait pas qu'elle doit demeurer calme, se mettre en communication avec les océans intérieurs de l'esprit, mais elle va au loin mendier une coupe d'eau puisée à l'urne des hommes. Nous devons marcher seuls. L'isolement doit précéder la vraie société. Je préfère à tous les prêches possibles le silence de l'église avant que l'office ait commencé. Combien froides et chastes paraissent les personnes enfermées dans le sanctuaire! Ainsi donc restons toujours calmes. Pourquoi prendre pour notre propre compte les fautes de notre ami, de notre femme, de notre enfant, sous prétexte qu'ils sont assis autour de notre foyer et qu'ils sont dits avoir le même sang que nous? Tous les hommes ont mon sang, j'ai le sang de tous les hommes. Est-ce que pour cela j'adopterai leur pétulance et leur folie jusqu'à me couvrir de honte? Toutefois notre isolement ne doit pas être mécanique, mais spirituel ; il doit s'appeler élévation. Par moments, le monde entier semble conspirer pourvous importuner par d'emphatiques bagatelles. L'ami, le client, l'enfant, la maladie, la crainte, le besoin, la charité, tous frappent à la fois à la porte de notre cabinet, et disent descends avec nous. Ne prodigue pas ton âme, ne descends pas, garde ton maintien, reste à ta demeure dans ton propre ciel; ne va pas un seul instant te mèler aux faits, à leur tohu-bohu de discordantes apparences, mais jette la lumière de ta loi sur leur confusion. Je ne réponds au pouvoir que les hommes ont de m'incommoder que par une faible curiosité. Aucun homme ne doit m'approcher qu'en traversant mes propres actes. «Nous n'aimons que ce que nous possédons, car par le désir nous nous dépouillons de l'amour. »

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Si nous ne pouvons subitement nous élever jusqu'à la sainteté de l'obéissance et de la foi, résistons au moins à nos tentations, entrons dans l'état de guerre et réveil

lons dans nos poitrines saxonnes le courage de Thor et d'Odin. Cela, nous pouvons l'accomplir dans nos temps de sentimentalité en disant la vérité. Bannissez loin de vous l'hospitalité et l'affection mensongères; ne vivez pas plus longtemps pour l'espérance de ces gens trompés et trompeurs avec lesquels nous conversons. Dites-leur: O père! ò mère! ô femme! ô frère! ô ami! j'ai vécu jusqu'à présent avec vous selon les convenances; désormais j'appartiens à la vérité. Tenez-vous pour dit que dorénavant je n'obéirai pas moins à la loi éternelle qu'à toute autre. Je n'aurai pas d'alliés, mais des proches. Je m'efforcerai de nourrir mes parents, de soutenir ma famille, d'être le chaste époux d'une femme; mais ces relations, je dois les nouer d'une manière toute nouvelle et sans précédents. J'en appelle de vos coutumes. Je dois être moi-même. Je ne puis pas plus longtemps m'annihiler pour vous. Si vous pouvez m'aimer tel que je suis, nous en serons plus heureux; si vous ne le pouvez pas, je m'efforcerai de mériter votre affection. Mais encore une fois, je dois être moi-même, et je ne cacherai pas mes goûts et mes aversions. Ainsi je vous affirmerai que ce qui m'est intime est sacré, et en face de l'univers j'accomplirai courageusement les pensées qui intérieurement me réjouissent et le but que mon cœur m'assigne. Si vous êtes nobles, vous m'aimerez ainsi; si vous ne l'êtes pas, je ne vous choquerai pas vous et moimême par d'hypocrites attentions. Si vous êtes véridiques, mais ne croyant pas aux mêmes vérités que moi, attachez-vous à vos compagnons, je chercherai les miens. Je ne fais pas cela d'une manière égoïste, mais humblement et sincèrement. C'est votre intérêt, le mien et celui de tous les hommes de vivre dans la vérité, quelque temps que nous ayons habité dans le mensonge. Cela vous semble-t-il dur aujourd'hui ? Mais vous aimerez bientôt ce qui vous est dicté par votre nature,

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