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FACULTAD DE DERECHO

Biblioteca

Ej. Consulta en Sala Excluido de préstamo (201)

Paris.

Imprimerie de GUSTAVE GRATIOT, rue de la Monnaie, 1.

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FACULTAD DE DERECHO Biblioteca

Ej. Consulta en Sala Excluido de préstamo (201)

AVANT-PROPOS

Au milieu du sable et de la poussière de la littérature contemporaine, j'ai trouvé quelques grains d'or, et je les mets sous les yeux du public français. Parmi tous les drames et tous les romans, toutes les histoires et tous les livres de philosophie que nous avons lus depuis quelque dix ans, voici tout ce qui nous a paru digne d'occuper la pensée d'un lecteur sérieux. Les presses de tous les pays mettent au monde des milliers de volumes, la production littéraire s'accroît d'année en année, mais la stérile fécondité de notre temps reste sans récompense. Le rapide succès et l'oubli plus rapide encore de toutes nos productions proclament à haute voix que la pensée n'a rien de commun avec les lois de la production et de la consommation, de l'offre et de la demande. Tous nos livres semblent écrits en vue d'une fin économique et philanthropique; toute notre littérature, depuis des années, semble n'avoir d'autre but que celui de fournir l'occasion de gagner leur salaire accoutumé aux compositeurs, imprimeurs, brocheurs, plieuses et relieurs; le théâtre et la presse, la politique et la poésie proclament à l'envi le célèbre droit au travail. Aussi avec quelle joie l'esprit ne s'attache-t-il pas aux pages rares et durables qu'il rencontre par hasard au milieu de cet entassement de non-sens, d'inutilités et de superfluités intellectuelles ! Avec quelle ardeur ne recherche-t-il pas les livres qui n'ont pas été écrits exclusivement en vue d'augmenter le bien-être social et de maintenir les salaires en équilibre, mais qui ont été écrits pour la satisfaction d'une intelligence élevée, pour le repos d'une imagination impuissante à garder plus longtemps ses

secrets, pour l'accomplissement du devoir d'une àme qui a reconnu l'obligation de faire participer ses semblables au bien qu'il lui a été donné de découvrir, à la vérité qu'il lui a été donné d'apercevoir !

Un tel bonheur nous a été donné la première fois que le petit livre d'Emerson est tombé sous nos yeux. Bien des événements se sont passés et bien des années déjà se sont écoulées depuis cette minute pleine de ravissements, et pourtant notre admiration pour ces pages a résisté aux inévitables modifications que le temps a fait subir à notre pensée; les événements n'ont fait que confirmer notre opinion sur les tendances de ces doctrines, et n'ont fait pour ainsi dire qu'approuver nos sympathies; en un mot, le cours du temps nous a convaincu que le plaisir que nous avions pris en lisant ces Essais n'était pas la puérile joie de nous sentir amusé, mais provenait du sentiment que nous avions reçu les confidences d'un esprit épris de la vérité; c'est pourquoi nous offrons avec confiance au lecteur cette traduction. Notre admiration n'est-elle qu'une illusion? Le public français prononcera et jugera.

Dans cette traduction nous avons respecté scrupuleusement le texte de notre auteur. Nous avons cherché à calquer exactement notre phrase sur la sienne; nous avons voulu reproduire même, au risque de quelques incorrections, le mouvement du style et la couleur des pensées. Nous n'avons pas voulu user d'analogies pour reproduire ses bizarres comparaisons et ses singulières métaphores écloses sous un autre ciel que le nôtre, en face d'une nature différente de la nôtre. Nous les avons respectueusement transplantées dans notre traduction, comme un spécimen de plantes exotiques et de fleurs inconnues au public français.

Maintenant oserons-nous avertir le lecteur qu'il doit, pour juger ces pages, faire abstraction de ses préjugés, s'il en a, comme cela est, hélas! trop probable? S'il les lit avec des yeux de catholique, de constitutionnel, de radical et de démocrate, il risque fort de ne pas y trouver ce qu'il y cherchera: la justification de ses erreurs, l'apologie de ses passions, l'approbation de ses idées; mais s'il dé

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