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tité de l'histoire est également intrinsèque, sa diversité également extérieure. Sa surface est couverte d'une infinie variété de choses; au centre il y a simplicité et unité de cause. Combien sont nombreux les actes d'un homme dans lesquels nous reconnaissons un caractère identique. Voyez la variété de nos sources d'information à l'égard du génie grec. Nous avons d'abord l'histoire civile de ce peuple telle que nous l'ont donnée Hérodote, Thucydide, Xé nophon, Plutarque, récits qui nous disent suffisamment quels hommes étaient les Grecs et ce qu'ils firent. Puis nous avons la même âme s'exprimant de nouveau dans leur littérature, dans leurs poëmes, leurs drames, leur philosophie, autre forme très-complète de leur génie. Puis nous avons encore leur architecture, la pure beauté sensuelle, le milieu parfait qui ne dépasse jamais la limite de la propriété et de la gràce. Enfin nous avons la sculpture; une collection de formes dans toutes les attitudes, dans tous les âges de la vie, comprenant toute l'échelle des conditions universelles, depuis le dieu jusqu'à la bête, mais ne dépassant jamais l'idéale sérénité et souveraines maîtresses de l'ordre et de la loi même au milieu des plus convulsifs exercices. Ainsi nous avons quatre expressions du génie d'un grand peuple; c'est l'expression la plus variée d'une chose morale unique, et cependant qu'y a-t-il pour les sens de plus différent et de moins ressemblant qu'une ode de Pindare, centaure en marbre, le péristyle du Parthénon et les derniers actes de Phocion? Cependant toutes ces diverses expressions extérieures dérivent d'un même esprit national.

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Chacun peut avoir observé que certaines figures et certaines formes, sans ressembler en rien aux formes et aux figures que nous connaissons, font sur nous la même impression que si nous les avions déjà vues. Une peinture, une pièce de vers, bien qu'elles ne réveillent pas

en nous la même série d'images, provoqueront en nous cependant le même sentiment qu'elles expriment, bien que la ressemblance ne soit pas appréciable aux sens et qu'elle soit occulte et dépassant la portée de l'entendement, La nature est une combinaison infinie et une perpétuelle répétition de quelques lois. Avec d'innombrables variations, elle chante le vieil air si connu.

Une sublime ressemblance de famille brille à travers toutes les œuvres de la nature. Elle se plaît à nous étonner par cette ressemblance dans les lieux les plus inattendus. J'ai vu la tête d'un vieux sachem de la forêt qui rappelait à l'esprit le sommet d'une montagne escarpée, et dont les rides qui couvraient le front ressemblaient aux fentes des rochers. Il y a des hommes dont les manières ont cette même essentielle splendeur que nous admirons dans les simples et adorables sculptures des frises du Parthénon et dans les œuvres de l'art grec primitif. L'on peut trouver dans les livres de tous les âges des compositions de même nature, Qu'est-ce que l'aurore aux doigts de rose du Guide, sinon une pensée du matin, de même que les chevaux de cette peinture ne sont qu'un nuage du matin. Si nous voulons prendre la peine d'observer les actions auxquelles nous sommes portés dans certains moments et par certaines humeurs de pensée, et les actions pour lesquelles nous avons de l'aversion, nous comprendrons combien profonde est la chaîne de l'affinité qui réunit toutes choses.

Un peintre me disait qu'il était impossible de dessiner un arbre sans devenir soi-même en quelque sorte un arbre. Il me disait encore qu'il était impossible de dessiner un enfant en étudiant simplement les lignes de son corps; mais qu'en observant pendant un certain temps ses mouvements et ses jeux, alors on pénétrait dans les secrets de sa nature, et on pouvait à volonté le peindre dans toute espèce d'attitudes. J'ai connu un dessinateur

employé à l'arpentage public qui ne pouvait dessiner les rochers que lorsqu'on lui en avait expliqué la structure géologique.

La conclusion qu'il faut tirer de tous ces faits est celleci: Que la commune origine d'œuvres complétement différentes consiste dans un certain état de l'esprit. C'est l'esprit qui est identique et non pas le fait. C'est en descendant bien bas dans les profondeurs de l'âme et non pas en acquérant péniblement quelques habiletés de métier que l'artiste peut arriver à imprimer à d'autres âmes une activité déterminée.

Il a été dit que les âmes communes payent avec ce qu'elles font, les âmes nobles avec ce qu'elles sont. Et pourquoi cela? parce qu'une âme vivant au sein des profondeurs de l'être réveille en nous, par ses actions et ses paroles, par sa physionomie et ses manières, la puissance et la beauté qu'une galerie de sculpture ou de peinture a coutume d'enflammer en nous.

L'histoire civile, l'histoire naturelle, l'histoire de l'art, l'histoire de la littérature, toutes doivent être expliquées par l'histoire individuelle ou demeurer des mots. Il n'y a rien qui ne se rapporte à nous, rien qui ne nous intéresse; le royaume, le collége, l'arbre, le cheval, les racines de toutes ces choses sont dans l'homme. C'est dans l'àme que l'architecture existe. Santa Croce et le dôme de Saint-Pierre sont de faibles copies d'un idéal divin. La cathédrale de Strasbourg est la contre-partie matérielle de l'âme d'Erwin Steinbach. Le vrai poëme est l'esprit du poëte; le véritable vaisseau est le constructeur du vaisseau. Si nous pouvions voir dans l'intérieur de l'homme, nous y trouverions comme la raison suffisante des plus petites fibres et des derniers muscles de son œuvre, de même que chaque épine et chaque couleur de la coquille marine préexistent dans les organes de sécrétion du poisson. Tout le blason et toute

la chevalerie consistent dans la courtoisie. Un homme de belles manières, en prononçant votre nom, lui donnera tous les ornements qu'aucun titre de noblesse n'aurait jamais pu lui donner.

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La triviale expérience de chaque jour réalise sans cesse quelque vieille prédiction, et change en objets concrets les mots et les signes que nous avions écoutés et regardés étourdiment. Laissez-moi ajouter quelques exemples de l'espèce de ceux qui tombent sous l'observation de chaque homme, et me servir de faits vulgaires pour mettre en lumière des faits grands et solennels.

Une dame, en compagnie de laquelle j'allais à cheval dans une forêt, me disait qu'il semblait que les bois étaient toujours dans l'attente, comme si les génies qui les habitent eussent suspendu leurs actions jusqu'après le départ du voyageur. Cette pensée est précisément celle que les poëtes ont célébrée dans la danse des fées, qui cesse à l'approche d'un pied humain. L'homme qui a vu la lune sortir des nuages à minuit, a été comme un archange présent à la création de la lumière et du monde. Je me rappelle que, me promenant un jour d'été, mon compagnon me montra un grand nuage qui, pendant un quart de mille, pouvait s'étendre parallèle à l'horizon, et qui avait tout à fait la forme d'un archange, tel que nous les voyons peints dans les églises; au centre y avait une masse ronde qu'il était aisé d'animer avec des yeux et une bouche, soutenue de chaque côté par de larges ailes symétriquement étendues. Ce qui apparaît une fois dans l'atmosphère peut reparaître souvent, et sans doute ce fut là l'archétype de cet ornement familier à nos peintures. J'ai vu, dans le ciel, une chaîne de lumière divine qui me révéla que les Grecs s'étaient inspirés de la nature lorsqu'ils ont peint le tonnerre dans les mains de Jupiter. J'ai vu, le long d'un mur, un monceau de neige qui donnait très-clairement l'idée de

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l'architecture de la volute qui doit terminer une tour. En nous jetant au milieu de nouvelles circonstances, nous inventons continuellement sur de nouveaux frais les ordres et les ornements de l'architecture, et nous surprenons les méthodes suivies par chaque peuple pour décorer ses primitives habitations. Le templé dorien présente quelque ressemblance avec les cabanes de bois dans lesquelles vivaient les Doriens. La pagode chinoise n'est qu'une tente tartare. Les temples indiens et égyptiens trahissent les formidables remparts et les demeures souterraines des anciens habitants de ces pays. « La cou«<tume de creuser des tombeaux et des maisons dans le «< roc, dit Heeren dans ses Recherches sur les Éthiopiens « détermina naturellement le principal caractère de << l'architecture nubienne et égyptienne, c'est-à-dire les «< formes colossales que revêtit cette architecture. Dans «< ces cavernes déjà préparées par la nature, l'œil était «< accoutumé à se reposer sur de larges formes et sur << des masses, si bien que, lorsque l'art vint pour assister <«< lá nature, il ne put pas se mouvoir sur une petite « échelle sans se dégrader. Quelle figure auraient faite <«<les statues de grandeur habituelle et les pratiqués or<< dinaires dans ces salles dont des colossès seulement << pouvaient garder l'entrée ou soutenir les piliers in<<< térieurs. »

L'origine de l'église gothique consiste dans la représentation d'une forêt ornée de tous ses bourgeons au moyen d'une arcade en pierre, solennelle ou joyeuse. On ne peut se promener sur une route ouverte dans un bois de pins sans être frappé de l'apparence architecturale du bosquet, surtout en hiver, alors que la stérilité des autres arbres laisse apercevoir l'arche basse des Saxons. Dans les bois, pendant une après-midi, on surprend l'origine des fenêtres coloriées dont sont ornées les églises gothiques, dans les couleurs du ciel occidental aperçues

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