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i ploi élevé, ou quelque autre chose semblable, en un #mot quelque action différente de lui qui témoigne qu'il est quelque chose. Mais l'esprit riche habite le soleil, sommeille et possède la nature. Penser c'est agir.

Si nous avons vu de grandes actions, efforçons-nous de rendre les nôtres telles. Toute action est d'une élasticité infinie et la moindre de toutes est susceptible d'être pénétrée par la lumière céleste de manière à éclipser le soleil et la lune. Cherchons quelquefois la paix, par fidélité envers nous-mêmes. Faisons notre devoir. Qu'aije besoin d'aller fureter dans les actions et la philosophie de l'histoire grecque et italienne, avant de m'être lavé la figure, pour ainsi dire, et de m'être justifié envers mes propres bienfaiteurs? Comment oserai-je lire les campagnes de Washington si je n'ai pas répondu aux lettres de mes correspondants? Est-ce que cela n'est pas une juste objection à de trop nombreuses lectures? C'est une pusillanime désertion de nos affaires que de trop regarder chez nos voisins. C'est une véritable duperie. Byron dit de Jack Bunting : « Il ne savait trop quoi dire, et alors il jura. » Je puis bien dire de l'usage insensé que nous faisons des livres : « Il ne savait quoi faire, et alors il se mit à lire. « Je ne sais à quoi remplir mon temps, et alors je prends immédiatement un livre, par exemple la vie de Brant. Mais c'est un compliment extravagant que nous faisons à la mémoire de Brant, ou du général Scheyler, ou du général Washington. Mon temps est aussi bon que leur temps; le monde auquel j'appartiens, mes actions, toutes mes relations sont aussi bonnes que les leurs, qu'aucune des leurs. Laissez-moi plutôt remplir si bien mes devoirs que d'autres paresseux lecteurs, en comparant ma vie avec la vie de ces hommes, la trouvent identique à la meilleure partie de la leur.

Cette estimation exagérée des dons de Périclès et de

Paul, cette dépréciation des dons qui nous sont personnels vient d'une négligence à observer les faits qui nous découvrent l'identité de la nature. Bonaparte ne connaissait qu'un seul mérite et récompensait également le bon soldat, le bon astronome, le bon poëte, le bon comédien. Il témoignait ainsi qu'il avait le sentiment instinctif d'un grand fait naturel. Le poëte se sert des noms de César, de Tamerlan, de Bonduca, de Bélisaire; le peintre se sert de l'histoire traditionnelle de la vierge Marie, de saint Pierre et de saint Paul. Il ne doit pas toutefois avoir un respect trop exagéré pour la nature de ces hommes accidentels, de ces héros qui servent de modèles communs. Si le poëte écrit un véritable drame, il est César et non pas l'homme qui met César en scène; alors le même courant de pensée, des émotions aussi pures, un esprit aussi subtil, des mouvements aussi vifs, aussi hardis, aussi extravagants, un cœur aussi grand, aussi confiant en lui-même, aussi intrépide, capable, par son amour et son espérance, de conquérir tout ce qui est solide et précieux dans le monde, les palais, les jardins, l'argent, les navires, les royaumes, et manifestant sa dignité par le dédain qu'il fait de toutes les joies des hommes, toutes ces qualités de César sont dans le poëte, et, par leur puissançe, il enthousiasme les nations. Mais les grands noms ne lui servent de rien, s'il n'a pas la vie en lui-même. Que l'homme croie en Dieu et non pas aux noms, aux lieux et aux personnes. La grande âme incarnée dans la forme de quelque femme triste, pauvre et solitaire, de quelque Dolly ou de quelque Jeanne qui vient prendre du service, qui balaye les chambres et nettoie les parquets, ne peut cacher ou éteindre l'éclat de ses rayons; le balayage et le lavage apparaissent immédiatement de belles et suprêmes actions, paraissent pour un moment le sommet et l'éclat de la vie humaine; si bien que cette pauvre femme fait la gloire et l'envie de tout le monde; mais subitement la grande âme, s'étant

incarnée dans une autre forme, a accompli une autre ac tion, qui maintenant a pris la place de la première et semble à son tour la fleur la plus accomplie de toute la nature vivante.

Nous sommes les photomètres, l'irritable feuille d'or qui mesure les accumulations de l'électrique et subtil élément. Nous savons reconnaître tous les effets authentiques de la vraie flamme au travers de chacun de ses mille déguisements.

X

CERCLES.

L'œil est le premier cercle, l'horizon qu'il forme est le second, et cette figure primaire est répétée sans fin à travers toute la nature. Le cercle est le plus haut emblème de la sphère du monde. Saint Augustin décrivait Dieu comme un cercle dont la sphère est partout et la circonférence nulle part. Pendant toute notre vie nous épelons le sens abondant de cette première de toutes les formes. Nous avons déjà précédemment déduit toute une philosophie morale en considérant le caractère circulaire ou autrement dit le caractère de compensation de chaque humaine action. Nous expliquerons aujourd'hui une autre analogie en montrant comment chacune de nos actions peut être surpassée. Notre vie n'est qu'un apprentissage de la vérité; autour de chaque cercle on peut en décrire un autre ; il n'y a pas de fin dans la nature, chaque fin est un commencement. A chaque jour succède invariablement une nouvelle aurore et sous chaque profondeur s'ouvre une profondeur plus grande. Ce fait, tout autant au moins qu'il symbolise le fait moral de la perfection fugitive et impossible à atteindre, que les mains de l'homme ne peuvent jamais rencontrer, tout autant qu'il est à la fois l'inspirateur et le critique frondeur de chaque succès, peut très bien nous servir à rassembler différents traits caractéristiques de la puissance humaine dans chacune des provinces où elle s'exerce,

Il n'y a pas de fixité dans la nature. L'univers est fluide et volatil. La permanence est un mot dont le sens n'est que relatif. Notre globe vu par Dieu est une loi transparente et non pas une masse opaque de faits. La loi dissout le fait et le rend fluide. Notre culture individuelle est la domination d'une idée qui entraîne après elle toute l'escorte des cités et des institutions. Élevons-nous vers une autre idée, et cités et institutions vont disparaître. La sculpture grecque est tout entière fondue, absolument comme si ses statues eussent été de glace; ici et là restent seulement quelque figure solitaire ou quelque débris isolé semblables aux monceaux et aux traces de neige que nous rencontrons encore aux mois de juin et de juillet dans les fraîches vallées et dans le creux des montagnes; car le génie qui créa cette sculpture crée maintenant d'autres choses dans d'autres lieux. Les lettres grecques ont résisté davantage à l'action du temps, mais subissent déjà la même sentence fatale et tombent dans le gouffre inévitable que la création de nouvelles pensées ouvre pour tout ce qui est ancien. Les nouveaux continents sont bâtis avec les ruines d'une vieille planète; les nouvelles races se nourrissent avec les débris des races précédentes. Les nouveaux arts détruisent les anciens; les machines hydrauliques ont rendu inutiles les aqueducs; la poudre à canon, les fortifications; les chemins de fer, les routes et les canaux; les bateaux à vapeur, les vaisseaux à voiles; l'électricité, les bateaux à vapeur.

Vous admirez cette tour de granit, qui a essuyé et surmonté les coups que lui ont portés tant de siècles. Cependant, une faible petite main a bâti ses larges murailles, et l'ouvrier est meilleur que l'édifice. La main qui l'a construit peut plus vite encore le renverser. Préférable à la main et plus agile qu'elle fut l'invisible pensée qui le construisit et le façonna, et ainsi der

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