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lévation; qu'un homme ou une société d'hommes imprégnés de ces principes doivent, de par les lois de la nature, conquérir et subjuguer les cités, les nations, les rois, les hommes opulents et les poëtes qui n'ont pas en eux leurs vertus.

Cette domination de la vertu, qui est la fusion de toutes choses dans l'unité sacrée, est le dernier fait que nous atteignons si vite, qu il s'agisse de ce sujet ou de tout autre. La vertu est le dominateur; le Créateur, l'unique réalité. Toutes les choses n'ont de réalité que par le plus ou le moins de vertu qu'elles contiennent. La dureté, l'économie, la chasse, la pêche, la guerre, l'éloquence, la valeur personnelle, toutes ces choses engagent jusqu'à un certain point mon respect et mon attention, comme étant des exemples de la présence de l'âme et des exemples d'actions impures en désaccord avec la vertu. J'observe la même loi dans la nature. Le poids d'une planète, l'arbre courbé par le vent qui se relève lui-même, les ressources vitales de chaque végétal et de chaque animal, sont des démonstrations de l'âme qui se suffit à elle-même, et qui par conséquent se confie en elle-même. Toute l'histoire, depuis ses plus grandes hauteurs jusqu'à ses dernières trivialités, n'est que le mémorial de cette puissance.

Et puisque tout se concentre dans cette unique essence, ne rôdons pas çà et là. Asseyons-nous en silence. dans notre demeure et vivons en compagnie de cette unique vertu. Étonnons et forçons au silence les hommes, les institutions et les livres, par une simple déclaration de ce fait divin. Prions-les d'òter leurs souliers de leurs pieds, car Dieu est ici avec nous. Que notre simplicité les juge tous, et que notre docilité à notre propre loi démontre la pauvreté de la nature et de la fortune en face de nos richesses natives.

Mais aujourd'hui nous sommes une véritable popu

lace. L'homme n'a pas de respect sacré pour l'homme; l'âme ne sait pas qu'elle doit demeurer calme, se mettre en communication avec les océans intérieurs de l'esprit, mais elle va au loin mendier une coupe d'eau puisée à l'urne des hommes. Nous devons marcher seuls. L'isolement doit précéder la vraie société. Je préfère à tous les prèches possibles le silence de l'église avant que l'office ait commencé. Combien froides et chastes paraissent les personnes enfermées dans le sanctuaire! Ainsi donc restons toujours calmes. Pourquoi prendre pour notre propre compte les fautes de notre ami, de notre femme, de notre enfant, sous prétexte qu'ils sont assis autour de notre foyer et qu'ils sont dits avoir le mème sang que nous? Tous les hommes ont mon sang, j'ai le sang de tous les hommes. Est-ce que pour cela j'adopterai leur pétulance et leur folie jusqu'à me couvrir de honte? Toutefois notre isolement ne doit pas être mécanique, mais spirituel; il doit s'appeler élévation. Par moments, le monde entier semble conspirer pourvous importuner par d'emphatiques bagatelles. L'ami, le client, l'enfant, la maladie, la crainte, le besoin, la charité, tous frappent à la fois à la porte de notre cabinet, et disent: descends avec nous. Ne prodigue pas ton âme, ne descends pas, garde ton maintien, reste à ta demeure dans ton propre ciel; ne va pas un seul instant te mèler aux faits, à leur tohu-bohu de discordantes apparences, mais jette la lumière de ta loi sur leur confusion. Je ne réponds au pouvoir que les hommes ont de m'incommoder que par une faible curiosité. Aucun homme ne doit m'approcher qu'en traversant mes propres actes. «< Nous n'aimons que ce que nous possédons, car par le désir nous nous dépouillons de l'amour. >>

Si nous ne pouvons subitement nous élever jusqu'à la sainteté de l'obéissance et de la foi, résistons au moins à nos tentations, entrons dans l'état de guerre et réveil

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lons dans nos poitrines saxonnes le courage de Thor et d'Odin. Cela, nous pouvons l'accomplir dans nos temps de sentimentalité en disant la vérité. Bannissez loin de vous l'hospitalité et l'affection mensongères; ne vivez pas plus longtemps pour l'espérance de ces gens trompés et trompeurs avec lesquels nous conversons. Dites-leur : O père! ò mère! ò femme! ò frère! ò ami! j'ai vécu jusqu'à présent avec vous selon les convenances; désormais j'appartiens à la vérité. Tenez-vous pour dit que dorénavant je n'obéirai pas moins à la loi éternelle qu'à toute autre. Je n'aurai pas d'alliés, mais des proches. Je m'efforcerai de nourrir mes parents, de soutenir ma famille, d'être le chaste époux d'une femme; mais ces relations, je dois les nouer d'une manière toute nouvelle et sans précédents. J'en appelle de vos coutumes. Je dois être moi-même. Je ne puis pas plus longtemps m’annihiler pour vous. Si vous pouvez m'aimer tel que je suis, nous en serons plus heureux; si vous ne le pouvez pas, je m'efforcerai de mériter votre affection. Mais encore une fois, je dois être moi-même, et je ne cacherai pas mes goûts et mes aversions. Ainsi je vous affirmerai que ce qui m'est intime est sacré, et en face de l'univers j'accomplirai courageusement les pensées qui intérieurement me réjouissent et le but que mon cœur m'assigne. Si vous êtes nobles, vous m'aimerez ainsi ; si vous ne l'êtes pas, je ne vous choquerai pas vous et moimême par d'hypocrites attentions. Si vous êtes véridiques, mais ne croyant pas aux mêmes vérités que moi, attachez-vous à vos compagnons, je chercherai les miens. Je ne fais pas cela d'une manière égoïste, mais humblement et sincèrement. C'est votre intérêt, le mien et celui de tous les hommes de vivre dans la vérité, quelque temps que nous ayons habité dans le mensonge. Cela vous semble-t-il dur aujourd'hui ? Mais vous aimerez bientôt ce qui vous est dicté par votre nature,

et si nous suivons l'un et l'autre la vérité, à la fin elle nous conduira sains et saufs au but. — Mais, me dira-ton, en agissant ainsi vous pouvez affliger vos amis. Oui, mais je ne puis pas vendre ma liberté et mon pouvoir par crainte de blesser leur sensibilité. D'ailleurs, tous les hommes ont leur moment de raison où ils tournent les yeux vers l'absolue vérité; à ce moment-là, ils me justifieront et feront les mêmes choses que moi.

Et véritablement, il est nécessaire qu'il ait en lui quelque chose de divin, celui qui a rejeté les communs motifs de l'humanité et qui s'est aventuré à se confier à lui-même. Haut doit être son cœur, fidèle sa volonté, claire sa vue, pour qu'il puisse être à lui-même sa doctrine, sa société, sa loi, pour qu'un simple motif puisse être pour lui aussi puissant que la nécessité de fer l'est pour les autres.

Si on considère l'esprit présent de la société, on sentira la nécessité de cette morale. Les nerfs et le cœur de l'homme semblent desséchés, et nous sommes devenus de timides pleurards découragés. Nous craignons la vérité, nous craignons la fortune, nous craignons la mort, nous nous craignons les uns les autres. Notre siècle ne contient pas de grandes et parfaites personnes. Nous manquons d'hommes et de femmes qui puissent renouveler notre vie et notre état social; nous voyons que la plupart des natures de notre temps sont insolvables, qu'elles ne peuvent satisfaire à leurs propres besoins, qu'elles ont une ambition hors de toute proportion avec leur force pratique et vont ainsi jour et nuit s'affaissant et mendiant. Nous sommes des soldats de salons. La rude bataille de la destinée qui donne la force, nous l'évitons.

Si nos jeunes gens se trompent dans leurs premières entreprises, ils perdent tout courage. Si le jeune marchand ne réussit pas, les hommes disent; Il est ruiné,

Si le plus beau génie qui étudie dans nos colléges n'est pas, un an après ses études, installé dans quelque emploi à Boston ou à New-York, il semble à ses amis, et il lui semble à lui-même, qu'il y a bien là matière à être découragé et à se lamenter le reste de sa vie. Mais le stupide garçon de New-Hampshire ou de Vermont qui tour à tour essaye de toutes les professions, qui attelle les équipages, afferme, colporte, ouvre une école, prêche, édite un journal, va au congrès, achète une charge de magistrat et ainsi de suite, et qui, comme un chat, retombe toujours sur ses pattes, vaut cent de ces poupées de la ville. Il marche de front avec ses jours, il ne ressent aucune honte à ne pas étudier une profession, il ne place pas sa vie dans l'avenir, mais il vit déjà ; il n'a pas une chance, mais cent. Qu'un stoïque se lève donc qui nous apprenne les ressources de l'homme; qu'il nous apprenne qu'avec la croyance en soi-même de nouvelles puissances apparaîtront, que l'homme est le verbe fait chair, né pour guérir les péchés des nations; qu'il nous dise qu'il aurait honte de notre compassion et que lorsqu'il agit d'après son inspiration personnelle, jetant de côté les lois, les livres, les idolâtries et les coutumes, nous ne devons pas nous apitoyer sur lui, mais le remercier et le respecter. Cet homme rétablirait la vie humaine dans toute sa splendeur et rendrait son nom cher à toute l'histoire.

Il est ainsi aisé de voir qu'une plus grande confiance en soi, un nouveau respect pour la divinité de l'homme, doit accomplir une révolution dans tous les emplois et dans toutes les relations des hommes, dans leur religion, dans leur éducation, dans leurs recherches, dans leur manière de vivre, dans leurs associations, dans leur propriété, dans leurs vues spéculatives.

Et d'abord, quant à la religion, que sont, en général, les prières des hommes? Ce qu'ils appellent le Saint

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