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tous ces progrès et que nous y avons ajouté l'Église catholique, ses croix, sa musique, ses processions, ses fêtes des saints et son culte des images, nous avons, pour ainsi dire, été l'homme qui a båti la cathédrale ; nous voyons comment elle a pu et comment elle a dû s'élever; nous avons découvert la raison suffisante de son existence.

La différence entre les hommes consiste dans leur méthode de classification. Quelques-uns classent les objets d'après leur grandeur et leur couleur, d'autres d'après leur ressemblance intrinsèque ou d'après les rapports de la cause et de l'effet. Le progrès de l'intelligence consiste dans cette lucide vue des causes qui dédaigne et glisse par-dessus les superficielles apparences. Pour le poëte, pour le philosophe, pour le saint, toutes les choses sont intimes et sacrées, tous les événements profitables, tous les jours saints, tous les hommes divins; car leur œil est dirigé vers les sources de la vie et méprise les circonstances. Chaque substance chimique, chaque plante, chaque animal dans sa croissance nous enseigne l'unité de la cause, la variété de l'apparence.

Pourquoi étant, comme nous le sommes, entourés par la nature qui crée tout, douce et fluide comme un nuage ou comme l'air, serions-nous de stériles pédants et n'exalterions-nous que quelques formes? Pourquoi tenir compte du temps, de la grandeur ou de la forme? L'âme1 ne les connaît pas, et le génie, obéissant à sa loi, joue avec le temps et les formes, comme les enfants jouent dans les églises et folâtrent avec les barbes grises. Le génie étudie la pensée née de l'occasion, fouille dans la tombe des choses, voit les rayons partis d'un orbe unique, divergents jusqu'à ce qu'ils forment, en tombant,

' On peut s'étonner de voir si souvent revenir le mot âme pris dans un sens général; il faut avoir toujours présent à la pensée ce qu'Emerson dit de l'âme dans l'Essai sur la confiance en soi.

des diamètres infinis. Le génie observe la monade1 à travers tous ses masques lorsqu'il étudie la métempsycose de la nature. Le génie découvre dans la mouche, dans la chenille, dans le ver, dans l'œuf le type constant de l'individuel; il découvre à travers les individus sans nombre les espèces déterminées; à travers les espèces le genre; au milieu de tous les genres il découvre le type constant et immuable, et au milieu de tous les royaumes de la vie organisée l'unité éternelle. La nature est un nuage changeant qui est toujours et n'est jamais le même. Elle jette la même pensée dans des multitudes de formes, comme un poëte compose vingt fables avec une seule idée morale. L'esprit brille avec splendeur à travers la rudesse et la grossièreté de la matière. Seul tout puissant, il dirige toutes choses vers sa propre fin. Le diamant se fond en une douce mais précise forme devant lui, et pourtant tandis que je le contemple, sa forme et sa surface ont déjà changé. Rien n'est aussi fuyant que la forme; cependant il ne faut pas la dédaigner complétement. Dans l'homme nous retrouvons les rudiments et les essais de tout ce que nous regardons comme signes de servitude dans les races d'êtres inférieurs; mais en lui ils ne font que rehausser encore sa noblesse et sa gràce. Ainsi dans Eschyle, lo transformée en génisse offense l'imagination; mais comme elle est changée lorsque sous le nom d'Isis elle rencontre Jupiter en Égypte! Là elle n'est plus qu'une belle femme, n'ayant rien conservé de la métamorphose si ce n'est les cornes lunaires qui brillent sur son front comme un splendide

ornement.

Dans l'histoire, il en est comme dans la nature : l'iden

'Monade est un mot qui appartient au vocabulaire de Leibnitz; la monade est la force primordiale incréée et créatrice qui donne la vie à chaque objet, dont l'être est la simplicité et l'attribut suprême l'activité.

tité de l'histoire est également intrinsèque, sa diversité également extérieure. Sa surface est couverte d'une infinie variété de choses; au centre il y a simplicité et unité de cause. Combien sont nombreux les actes d'un homme dans lesquels nous reconnaissons un caractère identique. Voyez la variété de nos sources d'information à l'égard du génie grec. Nous avons d'abord l'histoire civile de ce peuple telle que nous l'ont donnée Hérodote, Thucydide, Xé nophon, Plutarque, récits qui nous disent suffisamment quels hommes étaient les Grecs et ce qu'ils firent. Puis nous avons la même âme s'exprimant de nouveau dans leur littérature, dans leurs poëmes, leurs drames, leur philosophie, autre forme très-complète de leur génie. Puis nous avons encore leur architecture, la pure beauté sensuelle, le milieu parfait qui ne dépasse jamais la limite de la propriété et de la grâce. Enfin nous avons la sculpture; une collection de formes dans toutes les attitudes, dans tous les âges de la vie, comprenant toute l'échelle des conditions universelles, depuis le dieu jusqu'à la bête, mais ne dépassant jamais l'idéale sérénité et souveraines maîtresses de l'ordre et de la loi même au milieu des plus convulsifs exercices. Ainsi nous avons quatre expressions du génie d'un grand peuple; c'est l'expression la plus variée d'une chose morale unique, et cependant qu'y a-t-il pour les sens de plus différent et de moins ressemblant qu'une ode de Pindare, un centaure en marbre, le péristyle du Parthénon et les derniers actes de Phocion? Cependant toutes ces diverses expressions extérieures dérivent d'un même esprit national.

Chacun peut avoir observé que certaines figures et certaines formes, sans ressembler en rien aux formes et aux figures que nous connaissons, font sur nous la même impression que si nous les avions déjà vues. Une peinture, une pièce de vers, bien qu'elles ne réveillent pas

en nous la même série d'images, provoqueront en nous cependant le même sentiment qu'elles expriment, bien que la ressemblance ne soit pas appréciable aux sens et qu'elle soit occulte et dépassant la portée de l'entendement. La nature est une combinaison infinie et une perpétuelle répétition de quelques lois. Avec d'innombrables variations, elle chante le vieil air si connu.

Une sublime ressemblance de famille brille à travers toutes les œuvres de la nature. Elle se plaît à nous étonner par cette ressemblance dans les lieux les plus inattendus. J'ai vu la tête d'un vieux sachem de la forêt qui rappelait à l'esprit le sommet d'une montagne escarpée, et dont les rides qui couvraient le front ressemblaient aux fentes des rochers. Il y a des hommes dont les manières ont cette même essentielle splendeur que nous admirons dans les simples et adorables sculptures des frises du Parthénon et dans les œuvres de l'art grec primitif. L'on peut trouver dans les livres de tous les âges des compositions de même nature. Qu'est-ce que l'aurore aux doigts de rose du Guide, sinon une pensée du matin, de même que les chevaux de cette peinture ne sont qu'un nuage du matin. Si nous voulons prendre la peine d'observer les actions auxquelles nous sommes portés dans certains moments et par certaines humeurs de pensée, et les actions pour lesquelles nous avons de l'aversion, nous comprendrons combien profonde est la chaîne de l'affinité qui réunit toutes choses.

Un peintre me disait qu'il était impossible de dessiner un arbre sans devenir soi-même en quelque sorte un arbre. Il me disait encore qu'il était impossible de dessiner un enfant en étudiant simplement les lignes de son corps; mais qu'en observant pendant un certain temps ses mouvements et ses jeux, alors on pénétrait dans les secrets de sa nature, et on pouvait à volonté le peindre dans toute espèce d'attitudes. J'ai connu un dessinateur

employé à l'arpentage public qui ne pouvait dessiner les rochers que lorsqu'on lui en avait expliqué la structure géologique.

La conclusion qu'il faut tirer de tous ces faits est celleci: Que la commune origine d'œuvres complétement différentes consiste dans un certain état de l'esprit. C'est l'esprit qui est identique et non pas le fait. C'est en descendant bien bas dans les profondeurs de l'âme et non pas en acquérant péniblement quelques habiletés de métier que l'artiste peut arriver à imprimer à d'autres âmes une activité déterminée.

Il a été dit que les âmes communes payent avec ce qu'elles font, les âmes nobles avec ce qu'elles sont. Et pourquoi cela? parce qu'une âme vivant au sein des profondeurs de l'être réveille en nous, par ses actions et ses paroles, par sa physionomie et ses manières, la puissance et la beauté qu'une galerie de sculpture ou de peinture a coutume d'enflammer en nous.

L'histoire civile, l'histoire naturelle, l'histoire de l'art, l'histoire de la littérature, toutes doivent être expliquées par l'histoire individuelle ou demeurer des mots. Il n'y a rien qui ne se rapporte à nous, rien qui ne nous intéresse; le royaume, le collége, l'arbre, le cheval, les racines de toutes ces choses sont dans l'homme. C'est dans l'àme que l'architecture existe. Santa Croce et le dôme de Saint-Pierre sont de faibles copies d'un idéal divin. La cathédrale de Strasbourg est la contre-partie matérielle de l'âme d'Erwin Steinbach. Le vrai poëme est l'esprit du poëte; le véritable vaisseau est le constructeur du vaisseau. Si nous pouvions voir dans l'intérieur de l'homme, nous y trouverions comme la raison. suffisante des plus petites fibres et des derniers muscles de son œuvre, de même que chaque épine et chaque couleur de la coquille marine préexistent dans les organes de sécrétion du poisson. Tout le blason et toute

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