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(théorie de la matière et de la forme, du continu, du temps, de la vie, etc.), - dans toute cette partie

rations exposées ici, on pourrait présenter de la manière suivante la division des sciences:

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La Philosophie des Mathématiques doit, semble-t-il, être regar

qui constitue proprement la philosophie naturelle 1, et qui établit la science du monde corporel et sensible dans une participation de la lumière du troisième degré d'abstraction, autant cette Physique était faible et insuffisante dans la partie qui constitue proprement la science inductive, la science du quia, et qui s'applique à l'analyse expérimentale du détail des phénomènes. Erreurs dans la mécanique d'Aristote (méconnaissance de la masse en dynamique 2 et analyse mathématique insuffisante du mouvement et de la vitesse, explication du mouvement des projectiles par la propagation dans l'air d'une onde motrice ou par l'antiperistasis 3 3, croyance à une différence de nature entre les mouvements célestes, circulaires, et les mouvements terrestres, rectilignes, comme entre les corps célestes,

dée comme un chapitre particulier de la Philosophie de la Nature. Considérant en effet l'être réel de la quantité, qui est quelque chose de corporel, elle ne requiert point un degré d'abstraction spéciflquement différent de celui de la Philosophie naturelle. D'autre part cependant, en tant précisément que résolutive métaphysique, elle est supérieure à la Mathématique.

1. En ce domaine on ne saurait, croyons-nous, se montrer trop strictement attaché aux principes d'Aristote et de saint Thomas. C'est ainsi, par exemple, que le principe d'inertie accepté par la science galiléo-newtonienne comme une hypothèse commode, suggérée par l'observation commune, et d'ailleurs invérifiable,

relève de la philosophie naturelle; et si cette dernière est contrainte de déclarer ce principe inacceptable au sens où l'entendaient Descartes et Galilée, ce sera à la science positive de reviser le langage dans lequel elle s'exprime, et de se mettre d'accord avec la philosophie.

D'autre part, certaines erreurs de la science antique peuvent être dues à une fausse interprétation des phénomènes, recouvrant comme d'un vêtement trop grossier une thèse philosophique vraie en elle-même. En pareil cas (par exemple pour la doctrine des lieux naturels, ou pour celle des espèces intentionnelles dans les milieux physiques) il faudra, loin de rejeter la thèse philosophique avec son écorce scientifique, la dégager au contraire et la purifier, en la prenant dans son sens le plus formel.

2. Cf. DUHEM, Le Système du Monde, Histoire des Doctrines cosmologiques de Platon à Copernic, Paris, 1913, t. I, p. 192. Voir également Kurd LASSWITZ, Geschichte der Atomistik, Léopold Voss, Hambourg et Leipzig, 1890.

3. Mouvement tourbillonnaire par lequel l'air chassé par le projectile reviendrait sur celui-ci pour le pousser plus avant. Cette

incorruptibles, et les corps terrestres, corruptibles, théorie des graves et des légers) ; erreurs dans la désignation des éléments simples des corps (théorie des quatre éléments), erreurs au sujet des Météores, de la Lumière (regardée comme instantanée), de la Terre (négation des antipodes, par exemple), et, par-dessus tout le reste, erreurs du système de Ptolémée en astronomie.

Toutes ces erreurs, pour graves qu'elles fussent au point de vue de la science positive, ne fournissaient en réalité contre la philosophie scolastique que des traits impuissants, car elles n'étaient point des conséquences nécessairement déduites des principes d'Aristote, et ne provenaient que d'inductions trop simples interprétant les phénomènes naturels d'une façon conforme aux apparences communes 1. Mais pour un regard superficiel, et selon la manière sommaire dont le monde scientifique a coutume de former son jugement, il n'était que trop facile d'imputer à la philosophie des Anciens les torts de leur science.

D'autre part, si les hypothèses qui portent sur la configuration du monde visible n'ont qu'un intérêt secondaire et fortuit pour l'intelligence pure, dont les certitudes métaphysiques ne dépendent en rien de la carte du ciel, par contre ces mêmes hypothèses, abstraction faite de leur intérêt proprement scientifique, ont une importance capitale pour l'imagination (qui

singulière théorie a été accréditée par Simplicius. Aristote luimême et après lui Alexandre d'Aphrodisias et Themistius la regardaient comme absurde; c'est pourquoi Aristote préférait la première explication, par l'ébranlement de l'air dû au déclenchement de l'appareil projecteur. Cf. Duhem, op. cit., p. 371 et suiv.

1. Parfois même certaines erreurs de la science antique (par exemple la croyance à l'incorruptibilité des corps célestes, entraînant cette conséquence que les corps célestes et les corps terrestres ne devaient pas avoir la même matière première, ou encore la croyance à la génération spontanée) ne pouvaient qu'à grand'peine être raccordées aux principes de la Philosophie naturelle, loin de dériver de ceux-ci.

sans doute est au point de départ de toutes nos connaissances, mais à laquelle on ne saurait s'abandonner sans « péché » au terme de la connaissance métaphysique 1). A ce point de vue la révolution causée en astronomie par le système de Copernic a joué dans l'histoire des idées un rôle sur lequel on ne saurait trop insister. Exploitée largement par les protagonistes de la Science moderne, dramatisée par la condamnation de Galilée, elle a pris pour les philosophes qui pensent comme vit la plupart des hommes, in sensibus, la valeur d'une révolution dans la conception métaphysique de l'univers intelligible, au lieu qu'elle n'est qu'une révolution dans la représentation scientifique de l'univers visible2. Parce qu'elle brisait des habitudes d'imagination séculaires, elle avait l'air d'évincer toute la science du passé; parce qu'elle montrait que les apparences sensibles avaient égaré l'opinion commune en matière d'astronomie, elle fournissait un prétexte aux esprits confus pour mépriser les certitudes du sens commun en matière de philosophie; elle leur fournissait aussi un prétexte pour feindre une opposition foncière entre la science et la théologie, et pour réclamer l'indépendance absolue des savants, parce qu'elle avait été censurée à tort par le Saint-Office, en un jugement certes déplorable, mais tout accidentel, et motivé surtout par les imprudences exégétiques et les provocations de Galilée. Parce qu'elle reculait beaucoup plus loin que ne faisaient les Anciens les limites du monde corporel, et donnait à l'imagination le vertige de l'immensité, on se hâtait d'affirmer l'infinité du monde, comme si

1. Cf. saint THOMAS, in lib. Boel. de Trin., q. 6, a. 2.

2. Les vues plus vastes que l'évolutionnisme scientifique a ouvertes et la marée montante de l'idéal social-démocratique ont changé le type de notre imagination, si bien que l'ancien théisme monarchique est vieilli ou en train de vieillir. Ce texte de W. James (Philosophie de l'Expérience, trad. française, 1910, p. 28) fournit un exemple analogue et plus gai de ce que peut la logique des sentiments sur certains philosophes.

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l'océan n'était pas aussi fini qu'une goutte d'eau ! Parce qu'elle faisait la Terre un tout petit globe dans l'univers, et qui n'était plus le centre matériel des sphères, on proclamait périmée la doctrine de la finalité, qui tenait l'être humain pour le centre idéal des intentions créatrices; comme si la hiérarchie métaphysique des essences était liée au volume de la Terre ou à sa position, et comme si Dieu qui humilia respicit in cælo et in terra devait prendre moins de soin d'une petite boule en mouvement que d'une grosse boule au repos. Enfin, tandis qu'elle « humiliait » l'homme dans l'ordre corporel, en lui assignant un habitat géométriquement moins honorable, elle lui donnait occasion de s'exalter sans mesure dans l'ordre spirituel, en se regardant comme une pensée indépendante et souveraine, qui plane sur l'abîme d'une nature où tout est nécessité aveugle, et qui le mesure par sa science. En sorte que ceux-là mêmes qui introduisaient dans la philosophie moderne le principe de l'égocentrisme, et dont les descendants devaient faire tourner la vérité autour de l'esprit humain, s'indignaient vertueusement de l'orgueil du géocentrisme, et se drapaient dans leur humilité pour bannir de la science l'anthropomorphique considération des causes finales 1. Si on s'imagine que l'univers est fini et que toutes les choses corporelles sont faites pour l'homme, c'est, écrivait Descartes 2, « qu'au lieu de connaître les perfections qui sont véritablement en nous, on attribue aux autres créatures des imperfections qu'elles n'ont pas, pour s'élever au-dessus d'elles »,

1. Jamais les scolastiques, notons-le en passant, n'ont dit que les astres n'ont été créés que pour l'homme. « Creatura corporalis potest dici esse facta vel propter actum proprium, vel propter aliam creaturam, vel propter totum universum, vel propter gloriam Dei (ces quatre modes d'explication sont vrais en même temps). Sed Moyses ut populum ab idololatria revocaret, illam solam causam tetigit, secundum quod facta sunt [astra cæli] ad utilitatem hominum. (Saint THOMAS, Sum. theol., I, q. 70, a. 2). 2. Lettre à la princesse Elisabeth, 15 septembre 1645 (Ád.Tann., IV, 292.)

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