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nions encore sur nous, dans notre trompeuse sé curité, beaucoup plus de prise que nous n'aurions fait si nous eussions été coupables. Nous allions l'un et l'autre à la Chevrette; nous nous y trouvions souvent ensemble, quelquetois même par rendez-vous. Nous y vivions à notre ordinaire; nous promenant tous les jours tète-à-tête en parlant de nos amours, de nos devoirs, de notre ami, vis-à vis de nos innocens projets, dans le parc, l'appartement de madame d'Epinay, sous ses fe nêtres, d'où, ne cessant de nous examiner et se croyant bravée, elle assouvissait son cœur par ses yeux de rage et d'indignation.

Les femmes ont toutes l'art de cacher leur fu reur quand elle est vive; madame d'Epinay, violente, mais réfléchie, possède surtout cet art éminemment, Elle feignit de ne rien voir, de ne rien soupçonner; et, dans le même temps qu'elle redoublait avec moi d'attentions, de soins, et pres que d'agaceries, elle affectait d'accabler sa bellesœur de procédés malhonnêtes, et de marques d'un dédain qu'elle semblait vouloir me communiquer. On juge bien qu'elle ne réussissait pas; mais j'étais au supplice. Déchiré de sentimens contraires en même temps que j'étais touché de ses caresses, j'avais peine à contenir ma colère · quand je la voyais manquer à madame d'Houdetot. La douceur angélique de celle-ci lui faisait tout endurer sans se plaindre, et même sans lu en savoir plus mauvais gré, Elle était d'ailleurs

souvent si distraite, et toujours si peu sensible å ces choses-là, que la moitié du temps elle ne s'eu apercevait pas.

J'étais si préoccupé de ma passion, que, ne voyant rien que Sophie (c'était un des noms de madame d'Houdetot), je ne remarquais pas meme que j'étais devenu la fable de toute la maison et des survenans. Le baron d'Holbach, qui n'était jamais venu que je sache à la Chevrette, fut au nombre de ces derniers. Si j'eusse été aussi défiant que je le suis devenu dans la suite, j'aurais fort soupçonné madame d'Epinay d'avoir arrangé ce voyage, pour lui donner l'amusant cadeau de voir le citoyen amoureux : mais j'étais alors si bête que je ne voyais pas même ce qui crevait les yeux à tout le monde. Toute ma stupidité ne m'empêde trouver au baron l'air plus content, plus jovial qu'à son ordinaire. Au lieu de me regarder noir, selon sa coutume, il lâchoit cent propos goguenards auxquels je ne comprenais rien. J'ouvrais de grands yeux sans rien répondre; madame d'Epinay se tenait les côtés de rire; je ne savais sur quelle herbe ils avaient marché. Comme rien ne passait encore les bornes de la plaisanterie, tout ce que j'aurais eu de mieux à faire, si je m'en étais aperçu, eût été de m'y prêter. Mais il est vrai qu'à travers la railleuse gaieté du baron, l'on voyait briller dans ses yeux unc maligne joie, qui m'eût peut-être inquiété, si je

cha

pas

l'eusse aussi bien remarquée alors que je ne la
rappelai dans la suite.

Un jour que j'allai voir madame d'Houdetot Eaubonne, au retour d'un de ses voyages de Paris, je la trouvai triste, et je vis qu'elle avait pleuré Je fus obligé de me contraindre, parce que me dame de Blainville, sœur de son mari, était mais, sitôt que je pus trouver un moment, je lui marquai mon inquiétude. Ah! me dit-elle en so pirant, je crains bien que vos folies ne me codtent le repos de mes jours. Saint-Lambert est instruit et mal instruit. Il me rend justice; mais ila de l'humeur, dont, qui pis est, il me cache une partie. Heureusement je ne lui ai rien tu de nos liaisons, qui s'étaient faites sous ses auspices. Mes lettres étaient pleines de vous ainsi cœur : je ne lui ai caché que votre amour insense, dont j'espérais vous guérir, et dont, sans me parler, je vois qu'il me fait un crime. On nous a desservis; l'on m'a fait tort, mais n'importe. Ou rompons tout-à-fait, ou soyez tel que vous dever être. Je ne veux plus rien avoir à cacher à men

amant.

que

Ce fut là le premier moment où je fus sensible à la honte de me voir humilié par le sentiment de ma faute, devant une jeune femme dont j'aurais dû être le mentor. L'indignation que j'en ressen tis contre moi même eût peut-être suffi pour sur monter ma faiblesse, si la tendre compassion que m'en inspirait la victime n'eût encore amolli mo

cœur. Hélas! était-ce le moment de pouvoir l'erdurcir lorsqu'il était inondé par des larmes qui le pénétraient de toutes parts? Cet attendrissement se changea bientôt en colère contre les vils délateurs qui n'avaient vu que le mal d'un sentiment criminel, mais involontaire, sans croire, sans imaginer même la sincère honnêteté de cœur qui le rachetait. Nous ne restâmes pas long-temps en doute sur la main d'où partait le coup.

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Nous savions l'un et l'autre que madame d'Epinay était en commerce de lettres avec SaintLambert. Ce n'était pas le premier orage qu'elle avait suscité à madame d'Houdetot, dont elle avait fait mille efforts pour le détacher, et que les ∙succès passagers de quelques-uns de ces efforts faisaient trembler pour la suite. D'ailleurs Grimm, qui, ce me semble, avait suivi M. de Castries à l'armée, était en Westphalie aussi-bien que SaintLambert; ils se voyaient quelquefois. Grimm avait fait près de madame d'Houdetot quelques tentatives qui n'avaient pas réussi. Grimm, trèspiqué, cessa tout-à-fait de la voir. Qu'on juge du sang-froid avec lequel, modeste comme on sait qu'il l'est, il lui supposait des préférences pour un homme plus âgé que lui, et dont lui Grimm, depuis qu'il fréquentait les grands, ne parlait plus que comme de son protégé.

Mes soupçons sur madame d'Epinay se changèrent en certitude, quand j'appris ce qui s'était passé chez moi. Quand j'étais à la Chevrette,

Thérèse y venait souvent, soit pour me redre des soins nécessaires à ma mauvaise santé, soit pour m'apporter mes lettres. Madame d'Epinay lui avait demandé si nous ne nous écrivions pas, madame d'Houdetot et moi. Sur son aven, m dame d'Epinay la pressa de lui remettre les lettres de madame d'Houdetot, l'assurant qu'elle les re cachèterait si bien qu'il n'y paraîtrait pas. Therese sans montrer combien cette proposition la sca dalisait, et même sans m'avertir, se contenta de mieux cacher les lettres qu'elle m'apportait: pr caution très-heureuse; car madame d'Epinay l'attendant a faisait guetter à son arrivée; et, passage, poussa plusieurs fois l'audace jusqu chercher dans sa bavette. Elle fit plus : s'étant un jour invitée à veuir avec M. de Margency diner l'Ermitage pour la première fois depuis que j demeurais, elle prit le temps que je me promenas avec Margency, pour entrer dans mon cabinet avec la mère et la fille, et les presser de lui mottrer les lettres de madame d'Houdetot. Si la mère eût su où elles étaient, les lettres étaient livrées, mais heureusement la fille seule le savait, et ni

que j'en eusse conservé aucune. Mensonge ass rément plein de fidélité, de générosité, d'honné teté, tandis que la vérité n'eût été qu'une perfidie Madame d'Epinay, voyant qu'elle ne p séduire, s'efforça de l'irriter par la jalousie, en lui

reprochant sa facilité et son

pouvait la

aveuglement. Com

ment pouvez-vous, lui dit-elle, ne pas voir quis

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