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daient avec une calamité frappant la personne apparue; en pareil cas, dit Gurney, la victime possède le pouvoir de produire chez autrui une véritable hallucination.

Dans cette théorie « télépathique », les apparitions peuvent être qualifiées de faits « objectifs », bien qu'elles ne constituent pas des faits «< matériels ». Pour éprouver la valeur de ces << hallucinations véridiques», peut-être fortuites, Gurney institua un «< recensement des hallucinations »; il recueillit les réponses de 25.000 personnes interrogées au hasard et dans divers pays sur la question de savoir si, à l'état de veille et étant en bonne santé, elles avaient entendu une voix, aperçu une forme, ou senti un attouchement que nulle présence matérielle n'ait pu expliquer. En ce qui concerne l'Angleterre, il semble, grosso modo, résulter de cette enquête, qu'une personne adulte en moyenne sur dix a éprouvé des phénomènes de cette, sorte au moins une fois dans son existence; et les impressions ressenties ont très souvent coïncidé avec un événement lointain. Des coincidences aussi fréquentes peuvent-elles être encore considérées comme fortuites? doit-on admettre entre les deux événements une connexion occulte? M. et M Sidgwick ont udié cette question en examinant, avec une conscience et une exactitude sans égales, 17.000 observations faites en Angleterre. Ils concluent que les cas où une personne apparait le jour même de sa mort sont 440 fois trop nombreux pour pouvoir être attribués au hasard.

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Le raisonnement qui permet d'établir ce chiffre est assez simple: s'il n'y a qu'une connexion fortuite entre la mort d'un individu et son apparition à distance, cette mort ne possède pas plus de chance de survenir le jour même de l'apparition qu'elle n'en a d'accompagner tout autre événement. Or, la chance que possède un individu de mourir à un jour désigné d'avance par quel

que autre événement, est égale, d'après les proportions admises, à 1 sur 19.000. Si donc la coïncidence de la mort d'une personne avec sa propre apparition était purement fortuite, elle ne devrait pas se produire plus d'une fois sur 19.000 cas. Or le recensement donne la proportion de 1 sur 43, à savoir, comme il a été dit plus haut, un chiffre 440 fois trop élevé. Le recensement opéré en Amérique portait sur 7.000 réponses, et a fourni un résultat remarquablement concordant. Certes on peut rationnellement opposer aux conclusions précitées l'insuffisance du nombre des données; une moyenne sérieuse, peut-on dire, ne saurait se contenter de 24.000 exemples. Mais il semble que cette objection soit bien rigou

reusé.

Il y a lieu de relever aussi dans les Procès-verbaux la discussion par Mm Sidgwick, M. Hodgson, et « M. Davey », des phénomènes physiques de médiumnité (meubles se mettant en mouvement, caractères tracés sur des ardoises, etc.). Jusqu'à présent, elle met à néant les prétentions de tous les médiums examinés. «< M. Davey » lui-même a pu réaliser par des moyens frauduleux l'expérience de l'ardoise, tandis que M. Hodgson, spectateur et confident, revoyait les rapports écrits des autres spectateurs tous gens de mérite et constatait que dans chaque cas, les traits essentiels de l'expérience faite sous leurs yeux leur avaient échappé. Cette contribution de Davey-Hodgson constitue probablement le document le plus grave qui ait été produit contre l'évidence basée sur le témoignage oculaire. Un autre travail substantiel fondé sur l'observation personnelle est le rapport de M. Hodgson sur M Blavatsky; il détruit définitivement la réputation de ce prétendu médium.

Les phénomènes physiques de médiumnité sont très malmenés dans les Procès-verbaux. Le dernier exemple rapporté concerne la fameuse Eusapia Paladino qui,

prise en fraude à Cambridge, après une carrière brillante et remplie de succès sur le continent, a été exclue de toute expérience future, conformément aux règles draconiennes de la Société. D'autre part, le cas de Stainton Moses, au sujet duquel M. Myers a produit une masse de témoignages inédits, paraît échapper à cette condamnation universelle, et nous imposer ce que M. Andrew Lang appelle le choix entre un miracle moral et un miracle physique.

Dans le cas de Mme Piper, médium à l'état hypnotique, il semble qu'aucun choix ne nous soit offert. M. Hodgson et d'autres, à la suite d'études prolongées, sont convaincus qu'elle possède des pouvoirs de connaissance exceptionnels. Prima facie, ceux-ci seraient imputables à une « action spirite », mais les conditions des expériences sont si complexes qu'une décision dogmatique pour ou contre l'hypothèse spirite doit pour l'instant être ajournée.

Une des expériences les plus importantes relatées dans les procès-verbaux est l'article de miss X... sur la «< vision dans le cristal ». Beaucoup de personnes qui regardent fixement un objet de cristal ou toute autre surface vaguement lumineuse tombent dans une sorte de torpeur et perçoivent des visions. Miss X... possède cette faculté à un remarquable degré et y joint, d'autre part, un rare esprit critique. Elle rapporte de nombreuses visions qui appartiennent au domaine de la clairvoyance, tandis que d'autres comblent une lacune dans notre connaissance des opérations mentales subconscientes. C'est ainsi qu'en fixant le cristal un matin avant de déjeuner, elle lit en caractères d'imprimerie très nets l'annonce du décès d'une personne de sa connaissance, avec la date et diverses circonstances de cet événement. Effrayée par cette lecture, elle consulte le Times de la veille et aperçoit, parmi les décès mentionnés, les mots mêmes qu'elle vient de déchiffrer. Sur la même page du

Times, elle retrouve divers articles qu'elle se rappelle avoir lus; il semble ressortir de là que ses yeux ont observé inattentivement, pour ainsi dire, l'article nécrologique celui-ci s'est logé aussitôt dans un coin spécial de sa mémoire et a pris la forme d'une hallucination visuelle sous l'action d'une modification particulière de la conscience amenée par la contemplation du cristal.

Si l'on passe des observations aux récits, on trouve un grand nombre d'histoires de fantômes citées par Mme Sidgwick et discutées par MM. Myers et Podmore. Elles forment la meilleure littérature et la plus intéressante que je connaisse sur ce sujet, tout au moins du point de vue émotif. Quant aux conclusions qu'elles comportent, Mme Sidgwick refuse de s'engager; M. Myers au contraire accueille et M. Podmore repousse l'idée que ces histoires puissent posséder une base d'objectivité qui dépendrait de la continuation de l'existence après la mort.

J'aurai terminé ce que j'ai à dire de ces procès-verbaux lorsque je vous aurai fait connaître ce qu'à mon avis ils contiennent de plus important. Je fais allusion à la longue série d'articles consacrés par M. Myers à ce qu'il appelle aujourd'hui le « moi subliminal » et que l'on pourrait également désigner sous le nom de conscience ultra-marginale. Les études savantes et nourries de Myers sur l'hypnotisme, les hallucinations, l'écriture automatique, la médiumnité, et sur toute la série des phénomènes de cette famille, ont déterminé chez cet auteur une conviction qu'il exprime en ces termes :

Chacun de nous constitue en réalité une entité psychique permanente beaucoup plus étendue qu'il n'en a conscience, une individualité qu'aucune manifestation corporelle ne peut jamais exprimer complètement. Le moi se manifeste lui-même à travers l'organisme; mais il reste toujours une partie du moi qui ne se manifeste point, et toujours, semble-t-il, un pouvoir d'expression organique qui demeure en suspens ou en réserve.

M. Myers compare la conscience ordinaire à a partie visible du spectre solaire; la conscience totale à ce spectre complété par les rayons infra-rouges et ultra-violets. Dans le spectre psychique, les rayons << ultra >> peuvent embrasser un champ d'activité physiologique et psychique bien plus vaste que celui qui s'ouvre à notre conscience et à notre mémoire ordinaires. A l'extrémité inférieure, nous rencontrons le prolongement physiologique : cures mentales, stigmates chez les extatiques, etc.; à l'extrémité supérieure, la connaissance hypernormale des médiums. Quelque valeur que l'avenir réserve aux spéculations de M. Myers, on accordera toujours qu'elles ont constitué la première tentative au monde par laquelle on ait considéré les phénomènes d'hallucination, d'hypnotisme, d'automatisme, de dédoublement de la personnalité et de médiumnité comme des parties connexes d'un même sujet. Toutes les constructions que l'on peut édifier dans ce domaine doivent être provisoires et c'est comme provisoires que M. Myers nous présente ses formules. Mais, grâce à lui, nous commençons à apercevoir pour la première fois comment tous ces phénomènes, depuis l'automatisme moteur le plus grossier jusqu'à l'apparition sensorielle la plus saisissante, s'unissent et s'enchaînent en un vaste système. Si même on laisse à part les conclusions de M. Myers, la manière méthodique dont il groupe les phénomènes en classes et en séries est le premier grand pas qui ait été fait pour surmonter le dédain de la science orthodoxe à leur égard.

Nos réactions contre les témoignages oraux sont toujours déterminées par notre expérience personnelle. Lorsqu'un homme, à la suite d'un examen qui lui paraît attentif, a acquis la conviction que telle ou telle forme de surnaturel existe, sa vigilance à l'égard de l'évidence commence à se relâcher et il laisse la porte de son esprit plus ou moins ouverte au surna

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